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Au Maroc, l’électrification a fait des bonds de géant

En vingt ans, le Maroc a révolutionné son secteur de l’énergie, jusqu’à assurer une couverture en électricité quasi-totale de son territoire et à apparaître comme un pionnier des énergies renouvelables en Afrique.

La prouesse est d’autant plus notable, que la demande en électricité n’a cessé de croître dans le pays – de 6 à 7 % par an en moyenne ces vingt-cinq dernières années.

Pour la Banque africaine de développement, le Maroc est un modèle de réussite dans la marche vers l’électrification du continent africain d’ici à 2023, qui figure au nombre de ses High 5. Et, à ce titre, un exemple qui pourrait inspirer d’autres pays.

L’électrification rurale donne un nouveau souffle aux petites mains

En moins de 20 ans, le Maroc a accompli des progrès extraordinaires pour électrifier l’ensemble du pays, notamment les régions rurales. L’électrification rurale du pays est ainsi passée de 18 % au milieu des années 1990 à quasi 100 % aujourd’hui.

En effet, grâce à son ambitieux Programme d’électrification rurale global (PERG) auquel la Banque a grandement contribué avec un financement de 155 millions d’euros, le royaume chérifien a relevé le défi d’électrifier près de 100 % des zones rurales. Fin 2017, ce sont quelque 12,7 millions de Marocains qui avaient été raccordés au réseau grâce au PERG, lancé en 1995. Et qui ont vu leur vie bouleversée par l’arrivée de l’électricité.

Ainsi de Mohamed Dakhni, 32 ans, soudeur à Douar Bou Azza, au nord du Maroc. Au démarrage de son activité, Mohamed se contentait de confectionner de petits ustensiles et des objets dédiés à la cuisine, qu’il vendait sur le marché de son village. Mais, quelques mois après avoir été raccordé au réseau, Mohamed a déjà pu constater le changement : « L’électricité m’a permis de créer, et j’ai pu développer mon activité en élargissant ma clientèle. Je peux gagner plus d’argent, et je vis mieux », confie-t-il, le sourire aux lèvres.

Même constat pour Ahmed Hassani, lui aussi de la région. Ce père de quatre enfants avait hérité de ses parents un terrain où rien ne semblait pouvoir pousser et qu’il a pu transformer en champ d’oliviers, grâce à l’irrigation qu’a facilitée l’arrivée de l’électricité. Ce jeune producteur d’oliviers qui fait également pousser de l’orge a vu son champ retrouver des couleurs en quelques années à peine. « L’endroit était complètement désert à mon arrivée, en 2010, se souvient-il. Il n’y avait qu’un puits. Le travail demandait énormément d’efforts. Aujourd’hui, l’électricité est venue régler les problèmes liés au pompage et à l’irrigation. Avec un apport en eau permanent dans le champ, la production ne cesse d’augmenter ». Au point qu’Ahmed embauche désormais quatre à cinq saisonniers pour ses récoltes. « Sans l’électricité, je n’aurais pas poursuivi mon activité, confie-t-il encore. Elle est mon premier soutien, c’est ce qui m’aide le plus sur ce champ d’oliviers. »

Outre les soudeurs et les agriculteurs, les coopératives rurales marocaines tirent également un grand bénéfice de l’électrification, grâce à laquelle elles ont pu étoffer leur gamme de produits transformés – couscous, produits à base d’orge ou de blé…. C’est le cas de la coopérative des femmes de Dar Laain, dans la région de Marrakech. « Je ne peux pas imaginer la vie au village sans électricité. Elle aide les femmes à obtenir de meilleurs produits et à être beaucoup plus efficaces », souligne Fatima Zahera Hagou, éducatrice dans la crèche fondée par l’association des femmes du village.

Le PERG n’est pas le seul chantier colossal que le Maroc ait lancé avec le soutien de la Banque africaine, dans le but de renforcer l’offre nationale en électricité et de diversifier son bouquet énergétique : interconnexions électriques transnationales, développement de centrales, pari sur les énergies renouvelables, souci d’efficacité énergétique… Le Royaume ne ménage pas ses efforts.

Interconnexion sous-marine Maroc-Espagne

Déjà connecté à l’Espagne par des câbles sous-marins, le Maroc a décidé d’une deuxième interconnexion électrique, face à la saturation de la première. Objectif de ce projet qui s’est étalé entre 2002 et 2006 : doubler la capacité de transit de l’interconnexion entre l’Espagne et le Maroc et ainsi la faire passer à 1 400 MW. Là encore, la Banque a apporté son soutien au projet, avec un financement de 80 millions d’euros.

Combiner gaz naturel et énergie solaire

Inaugurée en 2010, la centrale de Ain Béni Mathar est une centrale à cycle combiné utilisant à la fois le gaz naturel et l’énergie solaire, d’une capacité de 472 MW. Fait notable, ce projet a été la toute première expérience dans l’énergie solaire de la Banque africaine de développement, qui a travaillé en partenariat avec le Fonds pour l’environnement mondial, l’Office national de l’électricité (ONE) du Maroc. La Banque a financé les deux tiers du coût du projet, y contribuant à hauteur de 187,85 millions d’euros.

La plus grande centrale solaire à concentration au monde

Aux portes du désert, Ouarzazate abrite le plus vaste complexe solaire à concentration au monde, baptisé Noor (« lumière » en arabe). La Banque en est le plus important bailleur de fonds, avec un apport de 365 millions d’euros. Inauguré en 2016 et d’une capacité de 160 mégawatts, le complexe de Noor I est la plus grande centrale solaire à concentration d’Afrique. Noor I, c’est plus de 500 000 miroirs reflétant le soleil et alignés sur 460 hectares, soit l’équivalent de… 600 terrains de football. Depuis, deux autres centrales thermo-solaires, Noor II et Noor III, ont été mises en chantier et devraient entrer en service d’ici à la fin 2018, avec une capacité totale de 350 MW.

Une quatrième centrale de 70 MW est également en cours de construction, ce qui portera la capacité totale de l’ensemble du complexe de Noor Ouarzazate à 580 MW.

Voilà plus d’une décennie que le Maroc s’est lancé dans un ambitieux programme de renforcement et de diversification de son énergie, trop largement dépendant des combustibles fossiles. Le pays –  qui a d’ailleurs abrité le sommet de la COP22 à Marrakech en 2016 – a mis le cap sur les énergies renouvelables, et entend couvrir 52 % de ses besoins grâce à elles d’ici à 2030.

« Aucun pays ou continent ne s’est développé dans la pénombre, souligne Hassan Lissigui, chef de division à l’Office national de l’électricité (ONE). Ici, il ne fait aucun doute pour des millions d’agriculteurs, d’artisans, de commerçants, de patrons d’entreprise et de coopératives de femmes, que le fait d’éclairer et d’alimenter en énergie fait toute la différence ».

Chiffres clés :

Projet Ain Béni Mathar : 221,97 millions de dollars (soit les 2/3 du coût du projet) de la Banque africaine de développement.

Complexes Noor  I, II, III : 236 millions de dollars de la Banque africaine de développement

Deuxième interconnexion électrique Maroc-Espagne : 158 millions de dollars de la Banque africaine de développement

Dixit

« L’endroit était complètement désert à mon arrivée en 2010. Il n’y avait qu’un puits. Le travail demandait énormément d’efforts. Aujourd’hui, l’électricité est venue régler les problèmes liés au pompage et à l’irrigation. » – Ahmed Hassani, agriculteur.

« Je ne peux pas imaginer la vie au village sans électricité. Elle aide les femmes à obtenir de meilleurs produits et à être beaucoup plus efficaces. » – Fatima Zahera Hagou, éducatrice dans une crèche.

BAD

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