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Banane douce en Côte d’Ivoire : forces et faiblesses d’une filière en expansion

La Côte d’Ivoire est redevenue le premier producteur de banane devant le Cameroun, méritant ainsi le titre de champion africain de la banane.

Plus de 50 000 personnes travaillent dans un secteur qui continue à recruter. Les superficies augmentent de plusieurs milliers d’hectares et les producteurs ivoiriens jouent désormais la carte d’un produit naturel, du respect de l’environnement et de l’écologie, alors que des producteurs d’Amérique latine, dont la concurrence est féroce, continuent à utiliser massivement les produits chimiques servant à détruire les parasites des cultures (insecticides et nématicides contre les vers).

Avec une récolte qui retrouve son niveau d’avant la crise de 2014 et une consommation qui augmente en Europe, le secteur ivoirien de la banane, qui exporte essentiellement sa production vers l’Union Européenne (France, Royaume-Uni, Italie, Espagne), semble retrouver le sourire. En aidant massivement les producteurs de banane, l’État ivoirien et l’Union européenne ont permis la modernisation de la filière, surtout que ce fruit est exempté de taxes douanières à l’entrée de l’UE.

[ Une concurrence féroce et des aides qui vont disparaître ]

Depuis 2009, les producteurs de banane latino-américains ont obtenu un accord qui s’est traduit par une réduction de leurs taxes à l’entrée de l’UE. Bruxelles souhaite ainsi respecter les règles de concurrence et de non-discrimination. L’UE qui accorde déjà à la banane concurrente d’Amérique centrale des détaxes dans le cadre d’accords bilatéraux, mettra fin au programme d’accompagnement « BAM » dont bénéficiait le secteur africain. Or, la Côte d’Ivoire produit 360 000 tonnes de bananes, l’Amérique, 4 millions de tonnes à bas prix au moment où l’Union européenne met fin au régime préférentiel, et au moment où une surproduction mondiale fait chuter les prix.

Dans ce contexte, s’ils veulent résister à la concurrence, les producteurs ivoiriens se retrouvent dans la nécessité d’améliorer leur compétitivité à l’exportation et améliorer la pénétration du marché national et sous-régional, ce qui suppose trois choses : a) amélioration de la qualité b) amélioration de la productivité c) une stratégie de communication, afin de promouvoir la banane-dessert en terme de plaisir et ses qualités nutritionnelles en terme de santé.

[ Jouer les cartes de la qualité, du plaisir, de la santé ]

La carte de la qualité : afin de rester compétitive, la banane africaine doit jouer la carte de l’environnement, s’affranchir de l’addiction aux pesticides, insecticides et autres nématicides contre les vers. Ce choix écologique est voulu par les consommateurs ivoiriens et européens. La Compagnie fruitière explore déjà cette voie écologique dans les bananeraies d’Afrique de l’Ouest. Elle doit aussi élever la qualification professionnelle de tous ceux qui travaillent dans ce secteur, tout en améliorant les conditions de vie des travailleurs.

La carte du plaisir : se nourrir est certes l’un des besoins fondamentaux, mais la nourriture ne peut pas être dissociée de la notion de plaisir, une notion que véhicule le moment du dessert. Comme l’ananas, la mangue, des fruits « ivoiriens », la banane-dessert est associée à l’idée de plaisir gustatif.

La carte de la santé : le dessert n’est pas toujours bon pour la ligne. Or, les qualités nutritionnelles (santé) et organoleptiques (ce qui excite un récepteur sensoriel) de la banane ne sont pas contradictoires.

La qualité, le plaisir et la santé doivent être les vecteurs d’une stratégie de communication et de promotion de la banane-dessert au plan national. On connaît les publicités des bananes des Antilles françaises : « Mangez la banane par les deux bouts : une bouchée de plaisir, une bouchée d’énergie », « Bonjour banane, Adieu p’tit creux ».

Les enjeux économiques

Le discours marketing sur l’Afrique, nouvel Eldorado de la croissance mondiale, porte essentiellement sur les infrastructures, l’économie digitale, les technologies nouvelles, la bancarisation, l’essor du « mobile banking ». On oublie un secteur-clef : l’agriculture.

Or, aucun pays ne peut faire le pari de la croissance sans une souveraineté et une sécurité alimentaire. Des pays africains importent plus de 80 % des produits agro-alimentaires dont ils ont besoin et 90 % de leur viande.

Aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, les activités agricoles et agro-alimentaires représentent 27 % du PIB, 40 % des recettes à l’exportation. Elles constituent encore la principale source d’emplois et de revenus pour 60 % de la population. La Côte d’Ivoire est véritablement une puissance agricole : cacao (1er producteur mondial), anacarde (1er exportateur mondial), café (13è producteur mondial), hévéa, coton, ananas, banane, huile de palme, etc.

En 2012, le pays s’est doté d’un Plan National d’Investissement Agricole (PNIA), qui sert de cadre de référence pour les investissements. Il est temps d’agir, car, depuis les actions de développement des années 1970-80, aucun progrès réel n’a été fait et les populations rurales souffrent toujours, et de plus en plus, de la faiblesse de leurs revenus. Des progrès ont été faits cependant à travers les MAB (Mesures d’Accompagnement du secteur de la Banane).

Tout reste à faire et à consolider dans un environnement mondial très concurrentiel que ce soit pour l’appui au développement des plantations villageoises, l’appui au développement des marchés local, national, sous régional, l’aide à l’exportation (amélioration de la logistique d’exportation), etc. La filière banane représente 8 % du PIB agricole, 3 à 4 % du PIB national. Ce sont plus de 50 000 personnes qui vivent directement ou indirectement dans ce secteur. Les plantations villageoises permettent de lutter contre la pauvreté en milieu rural et de fixer les populations sur les territoires. La banane-dessert n’est pas simplement du côté du plaisir, une sorte de surplus qui ne serait pas indispensable. Les enjeux sont aussi des enjeux économiques et sociaux dans un secteur stratégique : l’agriculture et l’agro-alimentaire, qui ne sont pas des activités du passé.

Ce n’est pas l’agriculture contre la modernité, mais bien à travers les filières agricoles, assurer la souveraineté et la sécurité alimentaires du pays. S’y ajoutent des notions de plaisir et de santé publique.

Charles Kouassi

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