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Les jeunes : des agents de changement

Jayathma Wickramanayake, 27 ans, originaire du Sri Lanka, est la nouvelle Envoyée du Secrétaire général de l’ONU pour la jeunesse. Son rôle consiste à élargir les efforts de l’ONU en matière de mobilisation et de défense des jeunes. Elle est également conseillère auprès du Secrétaire général. Peu après sa longue tournée en Gambie, au Ghana, au Nigéria, au Sénégal et en Afrique du Sud en février, elle a accordé une entrevue à Zipporah Musau d’Afrique Renouveau pour discuter de sa mission. Extraits :

Afrique Renouveau : Vous revenez d’une mission dans cinq pays d’Afrique. Comment était-ce ?

Jayathma : Cette mission a certainement dépassé mes attentes ! Je n’avais pas été très exposée à l’Afrique avant d’occuper ce poste, car mon travail se faisait principalement dans mon pays d’origine [Sri Lanka]. Donc je n’avais jamais vraiment eu l’occasion d’aller en Afrique et d’interagir avec les jeunes, même si j’ai des amis africains.

Pourquoi avez-vous choisi l’Afrique et comment cela a-t-il commencé ?

Le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) m’a approchée avec cette merveilleuse proposition d’une mission multi-pays en Afrique. Quelques jours avant mon départ, mon bureau a publié un tweet annonçant le voyage et la réponse a été étonnante. À mon arrivée dans chaque pays, l’accueil, l’énergie et l’amour que j’ai reçus étaient incroyables. Je suis peut-être sri-lankaise de naissance, mais une partie de moi est assurément africaine par choix.

Quelles ont été vos impressions quant aux jeunes rencontrés ?

J’ai été surprise par leur degré de résilience. Vous avez peut-être vu des photos de nous riant et dansant, mais juste avant, nous étions assis sous un arbre à parler des problèmes et défis auxquels ces jeunes font face, au point parfois d’en pleurer ensemble. J’en ai rencontré qui ont vécu des situations incompréhensibles pour nous, ici à New York.

Quelles étaient leurs principales préoccupations ?

Les jeunes se sont dits préoccupés par le manque d’accès à l’éducation, le chômage, la migration et la santé sexuelle et génésique des jeunes femmes. Il s’agissait des questions centrales discutées dans les cinq pays que j’ai visités.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ces questions ?

Sur l’éducation : la principale préoccupation est l’accès à une éducation de qualité. Une étude montre que près de 30 % des compétences acquises en 2015 ne seront pas pertinentes d’ici 2020. Alors, dans un monde qui change si rapidement, que devrions-nous enseigner dans nos écoles ? Enseignons-nous les matières habituelles ou nous concentrons-nous davantage sur le développement des compétences ? Les jeunes ont besoin de compétences applicables à de multiples domaines.

Sur la fracture numérique : les jeunes ruraux sont laissés pour compte en matière d’information et de technologie. Il y a aussi des filles qui n’ont même pas la chance de recevoir une éducation de base, sans parler de l’éducation technologique.

Sur les questions touchant les filles : les filles se heurtent à divers obstacles lorsqu’elles cherchent à s’instruire, notamment lors des cycles menstruels en raison du manque de produits et d’équipements d’hygiène. L’éducation de certaines filles est souvent interrompue pour s’occuper de leurs frères et sœurs, tandis que d’autres sont mariées très jeunes ou abandonnent l’école en raison d’une grossesse. La mutilation génitale féminine est aussi un gros problème.

Sur la migration : en raison du manque d’opportunités pour les jeunes, beaucoup d’entre eux risquent leur vie en traversant le Sahara et la Méditerranée pour se rendre en Italie ou dans d’autres pays à la recherche de meilleures opportunités. Beaucoup meurent lors de ce voyage extrême.

Que fait votre bureau pour aider ces jeunes en Afrique ?

À mon poste, je suis chargée de rapprocher l’ONU des jeunes, et les jeunes de l’ONU. En tant que représentante du Secrétaire général, je rencontre de hauts fonctionnaires et d’autres parties prenantes et j’en profite pour les sensibiliser aux problèmes auxquels les jeunes sont confrontés, puis je les exhorte à les aborder.

Que diriez-vous avoir accompli au cours de ce voyage ?

Le résultat le plus important de ma mission en Afrique a été de pouvoir porter les préoccupations des jeunes à l’attention des décideurs. Ces interactions individuelles avec les jeunes que je rencontre, dont certains ont vécu des situations très difficiles, me permettent de faire entendre leur voix dans les discussions ici à l’ONU. J’ai parlé à des jeunes marginalisés, ainsi qu’à des innovateurs et des entrepreneurs sociaux, qui m’ont motivé à soulever leurs problèmes lors de mes rencontres avec les ministres, les parlementaires, les équipes de pays des Nations Unies et les médias dans tous les pays que j’ai visités.

Des résultats immédiats ?

J’ai vu des résultats remarquables ! Par exemple, l’équipe de pays de l’ONU au Nigéria mettra en place un mécanisme pour que les jeunes soient consultés concernant son travail sur le terrain.

Que font les jeunes pour améliorer leur propre sort ?

La mission a offert une excellente occasion de souligner les contributions incroyables que ces jeunes apportent eux-mêmes à l’amélioration de leur communauté. Par exemple, au Nigéria, j’ai rencontré cette jeune femme — une survivante de viol — qui a développé une application pour téléphone portable qui peut aider d’autres jeunes femmes à signaler la violence sexiste au poste de police le plus proche. Cela montre que les jeunes ne sont pas seulement des victimes : ils peuvent aussi apporter des solutions. Et lorsque j’ai parlé aux décideurs, j’ai pu souligner le rôle actif des jeunes en tant qu’agents de changement positif.

Comment allez-vous amplifier ce message ?

J’essaie notamment d’amener certains de ces jeunes acteurs du changement au siège de l’ONU pour le prochain Forum politique de haut niveau et pour l’Assemblée générale afin de présenter non seulement les problèmes auxquels ils sont confrontés, mais aussi les solutions qu’ils apportent. J’ai également essayé d’amplifier cela par l’intermédiaire de diverses équipes de pays de l’ONU.

Avez-vous des programmes spéciaux ou des campagnes ciblant les jeunes en Afrique ?

En effet. L’une de nos plus grandes campagnes est « Not Too Young to Run », lancée au Nigéria pour abaisser l’âge de candidature aux élections de 40 à 35 ans. Nous en avons fait une campagne mondiale qui défend le droit des jeunes à se présenter aux élections. Nous travaillons à son extension avec l’Union interparlementaire, le HCDH, le PNUD et d’autres partenaires. Au cours de mon voyage, j’ai également appelé à la discrimination positive en faveur des jeunes au sein des partis politiques, exhortant les fonctionnaires à supprimer les obstacles existants à la participation des jeunes dans la prise de décision.

Que pensez-vous du fait que les jeunes recherchent des postes non seulement en politique, mais aussi dans le monde des affaires et dans d’autres sphères ?

C’est incroyable ! Certains des jeunes esprits les plus brillants que j’ai rencontrés à ce poste viennent d’Afrique. Je dis cela sans parti pris. Je suis très impressionnée par le travail que font les jeunes Africains, ils sont si créatifs. Lors de ce voyage, j’ai rencontré de jeunes innovateurs. Par exemple, l’un d’entre eux a inventé un trois roues qui utilise l’énergie solaire, un autre a développé une plateforme en ligne pour aider les candidats aux élections à concevoir et organiser leur campagne.

Quels sont les défis auxquels font face les jeunes en quête d’une place, d’un siège à la table politique ?

Nous avons identifié plusieurs couches d’obstacles qui empêchent les jeunes de participer. La première couche est personnelle : le fait de ne pas avoir confiance ou de ne pas croire en eux-mêmes. La deuxième est sociale : la famille et les amis autour d’une jeune personne, qui peuvent parfois les décourager de s’aventurer en politique. Et troisièmement, les structures des partis politiques. Les jeunes sont sous-représentés dans les partis politiques. Il en va de même pour les femmes.

Que conseillez-vous aux jeunes qui accèdent au pouvoir ?

Quand vous accédez à une position de pouvoir, rappelez-vous toujours pourquoi vous êtes dans cette position. Des milliers de jeunes vous admirent. N’oubliez pas non plus de faire de la place pour que d’autres jeunes puissent monter à bord.

À quelles valeurs devraient-ils être fidèles ?

Aux valeurs que nous, en tant que jeunes, exigeons depuis le début : intégrité, transparence, refus de la corruption et défense de la démocratie. Cela pourrait signifier parfois faire les choses d’une manière non conventionnelle, peut-être renverser les systèmes. Nous avons besoin d’un changement transformationnel.

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