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L’entrepreneuriat social commence chez soi : comment un incubateur génère le changement social à Madagascar en soutenant les start-ups

Soumis par Alexandre Laure  le vendredi, 14/09/2018, co-auteur(s): Niamh O’Sullivan

Suite à notre post de septembre 2017 sur le programme Afric’Innov de l’Agence française de développement, dont le comité de pilotage inclut entre autres le Groupe de la Banque mondiale, nous avons souhaité nous plonger dans l’un des incubateurs faisant partie du réseau Afric’innov. Au lieu de regarder les incubateurs africains francophones en Afrique de l’Ouest et Central, où ce programme d’accréditation et d’appui concentre principalement son attention, nous nous sommes rendus à Madagascar pour visiter INCUBONS- un pionnier de l’entrepreneuriat social et l’un des premiers incubateurs du pays et de l’océan Indien.

Fondée en janvier 2016, INCUBONS offre aux entreprises sociales et aux start-ups des espaces de co-working et des services gratuits, notamment une assistance technique intensive, du mentorat et un accompagnement 24h/24 et 7j/7. L’incubateur dispose d’un vaste programme de sensibilisation, comprenant des événements, des débats et des concerts, ainsi que des opportunités de réseautage pour mettre en contact leurs incubés (10 entreprises par an) entre eux et avec des partenaires et investisseurs potentiels. INCUBONS fournit également des programmes de pré-incubation où les gens peuvent présenter leurs idées, et où les projets sont diagnostiqués gratuitement et ensuite orientés vers des formations abordables.

« Nous avons deux rôles à jouer », déclare Malaika Rakotomalala-Belotto, co-fondatrice d’INCUBONS. « D’abord, inspirer », indique-t-elle, en mentionnant un nouvel incubateur à Maurice, encouragé par les activités d’INCUBONS, « et ensuite, démontrer que l’on peut avoir un impact selon ses moyens – on n’a pas besoin de beaucoup d’argent pour agir ».

Pour elle, l’entrepreneuriat social peut de définir comme « la convergence des aspects positifs du secteur privé et du développement, mais il représente surtout l’espoir que nous pouvons construire une économie durable, positive et inclusive ». Une philosophie qu’illustrent les cofondateurs d’INCUBONS, dont les différentes origines (Malaika vient de l’administration publique tandis que Tsiory Razafimpahanana vient du secteur privé) ont inspiré leur vision commune pour soutenir les jeunes entrepreneurs malgaches.

Créée pour développer l’entrepreneuriat social en tant que moteur de développement à Madagascar et dans l’océan Indien, l’incubateur ne se contente pas de soutenir la création et la pérennité des entreprises sociales (17 en un peu plus de deux ans). Depuis sa création, INCUBONS s’est efforcé d’améliorer la responsabilisation dans le secteur du bois à Madagascar, en se concentrant sur les personnes ayant des difficultés d’accès à la terre et particulièrement les femmes, qui représentaient 70 % des bénéficiaires en 2016 et 2017.

Faire pression en faveur d’une meilleure législation pour stimuler la croissance des entrepreneurs est un autre aspect clé de leurs activités. INCUBONS a lancé un projet qui exigeait un statut juridique spécial pour les entreprises sociales – une cause qui a maintenant été prise en charge par un groupe de femmes parlementaires. Rakotomalala-Belotto décrit cet intérêt politique pour leur cause comme « une opportunité à saisir », ajoutant qu’un tel statut est le seul moyen pour les entreprises sociales « de créer un maximum de valeur et de richesse, leur permettant de réaliser leurs missions entrepreneuriales et leur impact social ».

Comme nous l’avons noté pour d’autres pays africains en parlant à d’autres femmes PDG d’incubateurs, le secteur privé ne jouit pas toujours de la meilleure réputation à Madagascar. En fait, Malaika nous dit qu’en malgache, le terme « quelqu’un qui fait des affaires » a des connotations négatives et que dans l’imagination populaire, l’homme d’affaires typique est un privilégié avec accès à un héritage. Une partie de la campagne de sensibilisation d’INCUBONS est dédiée à lutter contre les perceptions erronées courantes au sujet de l’entrepreneuriat, notamment celle selon laquelle nous vivons une ère où la startup constitue le nouveau Saint-Graal du développement. « Mais les jeunes veulent devenir entrepreneurs parce que c’est la mode et qu’ils voient cela comme un moyen rapide pour devenir riche et célèbre », prévient Malaika. « Ils veulent le buzz et la gloire instantanée sans le travail et les efforts nécessaires. »

Comme Fatoumata Guirassy et Lisa Barutel – les PDG de Saboutech en Guinée et de La Fabrique au Burkina Faso – Malaika souligne que l’entrepreneuriat n’est qu’une des nombreuses voies de sortie du chômage à Madagascar. « 60 % des 25 millions d’habitants de l’île ont moins de 18 ans, une situation extrêmement délicate pour l’avenir proche en termes de travail et de vulnérabilité. Néanmoins, l’entreprenariat social représente un instrument essentiel pour le développement à travers des actions ayant un impact social, sociétal et environnemental, qui s’appuient sur un secteur privé dynamique, rentable et créateur d’emplois, avec un humanisme palpable ».

Malgré le soutien de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) (un autre membre du comité de pilotage d’Afric’innov), INCUBONS conserve un sentiment d’indépendance féroce. « Notre philosophie est fortement basée sur la notion d’autonomie », souligne Malaika et c’est en suivant ce sens de l’autonomie qu’elle conseille à la communauté des bailleurs « d’écouter les idées et visions des organisations de la société civile comme INCUBONS, et non l’inverse ». Elle souligne également que jusqu’à présent, le succès de la collaboration entre l’OIF et INCUBONS est le résultat de la volonté de l’OIF d’être pragmatique et de prendre des risques en terrain inconnu, plutôt que de dicter une stratégie.

« Les bailleurs doivent commencer à prendre des risques calculés en faisant confiance à la vision de nos structures qui opèrent sur le terrain et ne pas toujours imposer leur idée d’en haut. »

Pour aller de l’avant, INCUBONS espère obtenir suffisamment de fonds pour ouvrir un autre espace en province à Madagascar ou dans l’océan Indien, ainsi que pour investir dans un programme itinérant dans d’autres villes et/ou îles « afin de doubler notre impact de notre rayonnement et de développer nos liens dans la région ». La mission et les réalisations de l’incubateur témoignent de ce qui est possible lorsque l’activité du secteur privé et le développement entrent en synergie – nous avons hâte de voir ce qu’ils feront ensuite !

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