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Entre les élections de mi-mandat et la guerre commerciale internationale, l’Afrique telle que perçue par l’Amérique de Donald Trump

(Ecofin Hebdo) – La ville de Manhattan, à New York, éblouit avec ses immeubles qui pointent très haut dans le ciel, se mélangeant à ses vieux bâtiments ultra modernisés à l’intérieur, dans une ambiance aussi propre que cossue. Une situation qui tranche avec les crispations et la tension qu’on peut lire sur les visages de millions de New Yorkais dans les subways. Malgré les apparences, l’Amérique de Donald Trump continue de séduire, mais elle est aujourd’hui dans une nouvelle croisée de chemins. La place de l’Afrique mérite d’être examinée.

Un chiffre est aujourd’hui l’un des plus commenté aux Etats-Unis d’Amérique, c’est le taux des opinions favorables au président Donald Trump. En ce début de mois de juin 2018, il est passé à 44%, contre 38% à la fin du mois d’avril 2018. Un indicateur qui a de quoi calmer celui qui, depuis son arrivée à la Maison Blanche, doit batailler pour qu’on le prenne au sérieux.

A seulement 3,8% de la population active, le niveau de chômage n’aura jamais été aussi bas aux Etats-Unis depuis 1975. Mieux encore, le niveau de chômage dans la communauté noire a lui aussi fortement reculé, et a connu un rapprochement historique de celui des Blancs.

Les chiffres de l’emploi du dernier vendredi du mois de mai ont été sans appel, les choses vont pour le mieux au pays du Rêve. A seulement 3,8% de la population active, le niveau de chômage n’aura jamais été aussi bas aux Etats-Unis depuis 1975.

 chiffres emplois source burau des stats US

Mieux encore, le niveau de chômage dans la communauté noire a lui aussi fortement reculé, et a connu un rapprochement historique de celui des Blancs. Le marché financier a fortement salué ces bonnes nouvelles, et cela s’est senti avec un léger abandon des obligations souveraines américaines, par les investisseurs, qui sentent que les revenus d’intérêts sur le crédit à la consommation et le logement vont repartir à la hausse. Le discours mêlé de populisme du président Trump, trouve un écho de poids avec ces bons résultats pour le marché interne.

De belles performances économiques en interne, sur fonds de conflits avec les alliés traditionnels

Une part finalement non-négligeable de la population, commence à se dire que peut-être l’ex-magnat de l’immobilier et de diverses affaires, devenu Président de la république de l’Etat le plus puissant du monde, peut respecter son slogan du « Make America great again », une « Amérique qui retrouve sa grandeur ». Même si le déficit commercial américain reste important, il a connu sa septième baisse consécutive sur les 12 derniers mois, soutenu par une baisse des importations et une hausse des exportations.

Même si le déficit commercial américain reste important, il a connu sa septième baisse consécutive sur les 12 derniers mois, soutenu par une baisse des importations et une hausse des exportations.

Enfin, la dernière grande victoire revendiquée par Trump, c’est la modification partielle obtenue du Sénat (avec des voix de Démocrates) de la loi dite Dodd Frank, qui permet surtout à des centaines de banques locales, d’avoir moins de pression sur leurs fonds propres, et de pouvoir prêter davantage à l’économie, notamment à la chaine de valeur agricole et artisanale. Une cerise sur le gâteau pour ces établissements financiers, dont le bénéfice net global au terme du premier trimestre 2017 a été de 56 milliards $. Un niveau en hausse 27,5% comparé à celui du premier trimestre 2017 et surtout le niveau de bénéfice net trimestriel le plus élevé depuis 2011.

A la suite de toutes ces bonnes nouvelles, les deux places financières de New York (Nasdaq pour les valeurs technologiques et New York Stock Exchange pour les valeurs en général) se sont elles aussi inscrites en hausse.

C’est donc dans une telle ambiance au plan interne, que Donald Trump a rejoint ses collègues présidents, membres du groupe des 7 grandes puissances économiques (G7), la Chine exclue, qui se déroule au Canada. Le président américain y retrouvera plusieurs chefs d’Etat avec lesquels il est désormais en contradiction, notamment sur le plan commercial, les questions climatiques, et l’accord sur le nucléaire iranien.

Mais son esprit sera en partie occupé par sa rencontre au sommet le 12 juin prochain, avec le président nord-coréen Kim Jon Il. Une première pour un président américain depuis plus de 60 ans et surtout une importante carte à jouer après le retrait de son pays de l’accord sur le nucléaire iranien.

« La sauvegarde des intérêts américains »

Dans ce vaste jeu de carte, la place de l’Afrique semble être assez marginale. « Nous suivons très bien ce qui se passe partout dans le monde mais à la vérité, nous avons une mission qui est complètement tournée vers la sauvegarde des intérêts américains », a confié un haut responsable de l’administration américaine. Trump semble complètement déconnecté de la question africaine, au contraire de ses prédécesseurs, notamment Georges W. Bush et Barack Obama.

Il est clair que, même dans le secteur privé, on enregistre, depuis le début d’année, peu d’annonces d’investissements américains en Afrique. Certes, la plus grosse fusion-acquisition du premier trimestre 2018, évaluée à 1,1 milliard $, a été le fait d’une entreprise américaine, en l’occurrence un investissement de Milost Global dans une société au Nigéria. Mais cette société a été fondée par un Africain, l’ex-champion de boxe sierra-léonais, Engerton Forster. Selon les statistiques de la direction des investissements du régulateur américain des marchés financiers (SEC), l’exposition des fonds américains en Afrique est de seulement 24 milliards $, sur un total de plus de 7000 milliards $…

Selon les statistiques de SEC, l’exposition des fonds spéculatifs américains en Afrique est de seulement 24 milliards $, sur un total de plus de 7000 milliards $…

Le débat sur l’Afrique tourne aujourd’hui, à Washington, sur les questions sécuritaires et l’exposition à la Chine. Ainsi, la lutte contre la prolifération des groupes extrémistes reste la priorité pour la politique africaine des États-Unis. L’une des premières décisions prises par Trump lors de sa prise de fonction a été d’imposer des interdictions d’entrée en Amérique pour les citoyens de certains pays africains. Chaque pays visité par son ancien Secrétaire d’Etat Rex Tillerson est un partenaire essentiel pour le maintien de la paix régionale ou pour la lutte contre le terrorisme en Afrique. Dans les différentes discussions politiques, on relève que les efforts américains d’assistance sur le continent visent à atténuer les conflits en cours. Les États-Unis sont déjà le plus grand fournisseur d’assistance militaire de l’Afrique et le plus grand acteur des opérations de maintien de la paix.

Dans les différentes discussions politiques, on relève que les efforts américains d’assistance sur le continent visent à atténuer les conflits en cours. Les États-Unis sont déjà le plus grand fournisseur d’assistance militaire de l’Afrique et le plus grand acteur des opérations de maintien de la paix.

En outre, les 533 millions de dollars d’aide supplémentaire ont été annoncés et serviront à lutter contre la famine et l’insécurité alimentaire dans les régions déchirées par la guerre du Nigeria, de l’Éthiopie, de la Somalie et d’autres pays et surtout le Soudan du Sud qui, récemment, a fait plusieurs fois la une du très respecté New York Times.

Des décisions aux conséquences non négligeables pour le continent africain

L’autre grande discussion africaine qui s’est déroulée à Washington, concerne l’imposition de sanction contre le Rwanda, qui persiste et signe qu’il ne recevra plus de vêtement de seconde main dans son pays, afin de protéger ses faibles réserves extérieures et soutenir son secteur du textile. Cette position de l’administration Trump est très fortement critiquée : déjà on relève que techniquement, ce n’est pas une ligne de production, donc des emplois américains qui sont menacés, ensuite on souligne que plusieurs pays bénéficiant des accords préférentiels sur leurs produits, n’accordent pas la réciprocité de manière systématique aux produits américains.

 Au-delà de ces débats directs, la politique américaine sous l’impulsion de Trump a pris deux importantes décisions, qui ne manqueront pas d’affecter le continent. La première est l’adoption de la révision partielle de la loi Dodd Franck, qui imposait aux entreprises américaines de publier certains détails des paiements effectués dans le cadre de leurs activités à l’étranger, notamment dans les secteurs extractifs. La mesure, alors imposée par Obama, avait permis d’améliorer la transparence dans un secteur économique africain souvent opaque.

trump signe lacte sur la santé

Signature de l’Acte sur la santé.

L’autre décision prise, cette fois par le président américain lui-même, est relative à l’arrêt des financement d’organisations qui, dans leurs activités, soutiennent l’avortement. Selon le rapport d’une importante ONG américaine (Center for Health and Gender Equity) cette décision privera plusieurs pays africains des financements nécessaires pour soutenir des actions complémentaires de santé publique.

Les USA demeurent pourtant un partenaire économique de poids pour l’Afrique, tout au moins en terme de stocks des investissements. Mais la nouvelle Amérique que Donald Trump veut pour ses électeurs, risque de réduire plus encore l’influence des Etats Unis en Afrique. Une évolution des choses qui ne déplaira nécessairement pas à l’Afrique qui, lentement mais sûrement, redessine ses rapports économiques avec le reste du monde.

Idriss Linge, depuis New York

Idriss Linge

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