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Côte d’Ivoire : la pauvreté recule à l’est

La Banque africaine de développement accélère la cadence de son action dans le secteur agricole. Sa nouvelle Stratégie pour la transformation de l’agriculture africaine, plus connue sous le nom de « Nourrir l’Afrique 2016-2025 », a été approuvée en mai 2016. Une stratégie qui entend éradiquer l’extrême pauvreté, la faim et la malnutrition, et qui ambitionne de transformer l’Afrique en un continent exportateur net de produits alimentaires. Illustration en Côte d’Ivoire, où la BAD donnait déjà le ton en 2012 et 2016, à travers le financement du Projet d’appui aux infrastructures agricoles (PAIA-ID) et du Projet de développement des chaînes de valeurs agricoles (PDC-ID), dans la région de l’Indénié-Djuablin.


En 2008, l’est de la Côte d’Ivoire affichait un taux de pauvreté de 53,5 %. Le plus élevé du pays. Après les événements postélectoraux de 2011, des femmes et des jeunes refusent la fatalité et tentent d’inverser la tendance, en lançant des projets maraîchers et vivriers. La Banque africaine de développement leur apporte alors, en 2012, un soutien financier de 30,2 millions de dollars américains pour la mise en œuvre du PAIA-ID, et de 5,6 millions de dollars pour le PDC-ID.

La ministre canadienne du Développement international, Marie-Claude Bibeau a profité de sa visite en Côte d’Ivoire, le 16 août 2018, à l’invitation du gouvernement ivoirien et du président de la Banque africaine de développement pour échanger avec les bénéficiaires du projet, à Abengourou. La visite de Mme Bibeau s’inscrit dans le partenariat qui lie le Canada et la Banque. Pour rappel, le Canada est le quatrième actionnaire de la Banque parmi les pays non régionaux.

Productrice de riz du village de Niamien-Dissou, dans la région de l’Indénié-Djuablin, Akoua Rosalie Adou est désormais une femme épanouie. Après avoir longtemps secondé son époux dans les travaux champêtres, elle est passée au premier plan et prend des initiatives pour s’occuper des siens. Aujourd’hui, sa famille se nourrit convenablement avec plus de deux repas par jour, alors qu’elle se contentait d’un seul une décennie auparavant. Akoua Rosalie raconte : « Par le passé, nous suivions nos hommes, et nous ne disposions que de petites parcelles à cultiver. Mais, depuis quelque temps, nous cultivons des parcelles de bas-fonds aménagés importantes. Une partie de la production assure les repas quotidiens à la maison, et nous en vendons aussi. Ce qui nous permet de scolariser les enfants. »

Le défi : produire sans discontinuer

Pour le groupement de Niamien-Dissou, composé de 38 personnes (dont huit femmes) auquel appartient Akoua Rosalie, chaque jour est un nouveau défi. Elle n’est pas peu fière des résultats : « Lors de la précédente campagne 2017-2018, nous avons récolté 42 tonnes de riz sur les 14 ha dont nous disposons. La moitié de cette récolte a pu être vendue. Pour la prochaine, nous allons redoubler d’efforts pour augmenter nos productions. Nous avons mis en valeur 30 ha avec l’ambition d’obtenir quatre fois plus de récoltes. »

L’objectif de la région est de se positionner comme un important grenier à riz, capable d’approvisionner les marchés des autres régions. « Nous disposons de semences, de matériel de production et d’un magasin de stockage. Seulement nous n’avons pas les moyens de décortiquer le riz. Alors, nous le vendons à bas prix. Or, décortiqué, nous pourrions le vendre au coût du riz importé et gagner davantage », se désole-t-elle.

Dix ans en arrière, rien ne permettait de présager un tel optimisme chez les habitants. En cause, la crise politique traversée par le pays pendant les années 2000. Faute d’investissements et confrontées aux flux migratoires issus des zones Centre, Nord et Ouest, les populations de l’Est avaient plongé dans une extrême misère… Le taux de pauvreté, de 44 % en 2002, explosant de plus de 20 % en quatre ans. Un paradoxe : cette partie de la Côte d’Ivoire recèle d’énormes potentialités agricoles susceptibles d’assurer sa sécurité alimentaire.

C’est pour relancer l’activité agricole que les populations ont été réorganisées, grâce au Projet d’appui aux infrastructures agricoles dans la région de l’Indénié-Djuablin financé par la Banque africaine de développement. Au total, 561 000 personnes ont été concernées, réparties dans les trois départements d’Abengourou, d’Agnibilékrou et de Bettié.

L’activité agricole relancée

Exécuté à 80 %, le projet a déjà permis l’aménagement de 566,3 ha de bas-fonds, la réhabilitation de 566,4 kilomètres de pistes rurales, la construction de 3 marchés ruraux, la fourniture à 22 groupements de riziculteurs de 64 motoculteurs, 64 faucheuses, 32 batteuses-vanneuses et 365 bâches… Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : 1661 ha de riz ont été irrigués, 211 ha de riz pluvial mis en place, et 4 975 tonnes de riz paddy récoltés.

Premiers résultats de l’investissement : 4 214 producteurs de 95 groupements d’agriculteurs vivriers ont été formés ; les récoltes annuelles ont bondi : 2 910 tonnes de manioc, sur 247 ha ; 1 055 tonnes de plantain, sur 173 ha de bananeraies restaurées ; 900 tonnes de maïs, sur 527 ha ; 90 tonnes d’arachides, sur 100 ha aménagés ; et enfin, 397,5 tonnes de cultures maraîchères, sur 43,4 ha.

Barakissa Nanzanga figure également parmi les nombreuses bénéficiaires du projet appuyé par la BAD. Elle est la représentante du projet de production de manioc et banane plantain du groupement Binkadi Espoir d’Akoikro. Au sein de ce groupement, ils ne sont que sept, dont deux femmes, mais ils réalisent un travail intéressant sur leurs parcelles de 5 ha de maïs, 3 ha de rejets de bananiers plantain, 2,5 ha de boutures de manioc et 0,8 ha d’aubergine et de chou.

« Nous produisons plusieurs fois dans l’année. Et lorsque nous vendons nos produits, pour ce qui est du maïs notamment, chaque homme s’en tire au moins avec 50 000 francs CFA (environ 100 dollars américains). Chacune des femmes se voit remettre 30 000 francs CFA (environ 60 dollars) », confie Barakissa. Avant d’ajouter : « Avec cet argent, nous mangeons à notre faim, nous satisfaisons les besoins de notre famille et de notre progéniture, dont la scolarité et les soins de santé. »

« Avec les différentes formations dispensées, les producteurs ont beaucoup évolué. Les femmes, surtout, sont dévouées au travail et, avec ce qu’elles gagnent, elles parviennent à gérer leur budget », se félicite Véronique Ehouli, coordinatrice du projet PAIA-ID. Selon elle, depuis la précédente campagne agricole, les productions sont en hausse, tandis qu’avec l’aménagement des pistes les échanges commerciaux entre les villages s’intensifient. Optimiste, elle prédit une embellie : « Cela devrait permettre de booster un peu plus l’activité économique dans la région. »

De l’eau et des ponts en appui

Dans le cadre de sa mise en œuvre, le Projet d’appui aux infrastructures agricoles de l’Indénié-Djuablin (PAIA-ID) a tenu à accorder une place de choix à la fourniture de l’eau potable aux populations de la région, ainsi qu’à la réhabilitation de plusieurs ponts permettant le désenclavement de nombreuses zones de productions agricoles. Ainsi, 100 pompes à motricité humaine ont été réparées, 40 autres installées, et 8 systèmes d’hydraulique villageoise améliorés ont été construits. L’un d’eux a été bâti dans la localité de Zinzénou, qui compte 3 000 habitants, dont 48 % de femmes. « Notre village était alimenté par le château d’eau d’un village voisin. Mais, depuis une décennie, il était à l’arrêt. Nous étions contraints de nous rendre dans les marigots, tôt le matin, et au péril de notre vie car l’insécurité était forte dans la région », explique Bénié Marguerite Ettien, septuagénaire. « Aujourd’hui, nous avons notre propre château d’eau. Même s’il ne couvre pas encore tout le village, il nous évite les corvées du passé et les maladies liées à l’eau qui causaient parfois des décès chez les enfants », se réjouit-elle.

À une trentaine de kilomètres de là, ce sont les habitants de Manprossi qui affichent un large sourire. À cheval entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, ils étaient coupés de tout lien avec la partie ivoirienne, leur terre d’origine, une rivière régulièrement en crue empêchant la circulation. Dans l’impossibilité de s’approvisionner à partir d’Abengourou, ils étaient en outre contraints de livrer leurs productions agricoles aux commerçants ghanéens. « À chaque récolte du cacao, nos produits étaient exposés à la pourriture. Nous avions faim et nous n’avions pas d’autre choix que de nous tourner vers les acheteurs venus du Ghana », avoue Kouadio Maizan Kra, producteur de cacao. Avant de saluer l’avènement de l’ouvrage réhabilité : « Maintenant que nous avons le pont, nous avons renoué le contact avec les pisteurs de notre pays. Par ailleurs, nous nous rendons de nouveau dans les hôpitaux de notre chef-lieu de région. Nous sommes heureux de retrouver nos frères de Djangobo, qui ne sont pourtant qu’à cinq kilomètres. »

BAD

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