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Ségou, un exemple d’urbanisme participatif au Mali

Soumis par Zié Ibrahima Coulibaly BANQUE MONDIALE

Selon les statistiques de la Banque mondiale, 80% du PIB mondial provient des centres urbains, il est donc clair que la ville est aujourd’hui l’une des clés du développement.

En nous rendant il y quelques années à Ségou, capitale régionale et chef-lieu du cercle de Ségou, qui regroupe 30 communes, à 240 km de Bamako, nous avions pu voir une parfaite illustration du paradoxe de la ville malienne, pointé du doigt lors du forum de Bamako 2018 : bien qu’elles connaissent une expansion rapide, de nombreuses villes maliennes ne parviennent pas à atteindre le potentiel de croissance économique d’une agglomération. Un paradoxe qui s’explique par l’insuffisance de planification urbaine qui entrave la capacité de la commune à être « fonctionnelle », économiquement inclusive, sûre et résiliente.

Nous avons par exemple observé à Ségou la présence de quartiers déstructurés, à forte densité, avec peu d’infrastructures, de surcroît insuffisamment connectées aux principaux centres d’activités. C’est pour remédier à ces incohérences et promouvoir le développement socio-économique local, que la Banque mondiale et la Coopération suisse financent à hauteur de 47,7 milliards de francs CFA (70 millions de dollars) le Projet d’appui aux communes urbaines du Mali (PACUM) mis en place par le gouvernement dans 14 villes maliennes. Démarré en 2012, il permettra, à terme, de renforcer la performance des administrations locales et d’améliorer les infrastructures pour fourniture des services publics.

Première étape :  écouter les habitants et renouer les liens de cohésion sociale

Pendant longtemps, le stade municipal de Ségou a symbolisé le dynamisme local mais ce totem sportif s’est effrité au fil des années, par manque d’entretien et de moyens. Sa rénovation est un des premiers résultats du PACUM et l’une des premières requêtes de la population, interrogée lors de consultations citoyennes. Lorsque nous sommes retournés à Ségou, nous avons pu constater, sous un soleil de plomb que le stade, entièrement rénové, remplit à nouveau son rôle de ciment social. « Aujourd’hui, nous avons un stade fonctionnel et qui répond aux normes. Nous pouvons jouer nos différentes compétitions de football, handball et basket. C’est un stade omnisports », nous confie Brahima Ouélé, président de l’amicale des arbitres de Ségou. Et pour assurer l’entretien et la pérennité de l’infrastructure, le projet a également mis en place une structure de gestion ainsi qu’un système de redevances à verser par les acteurs, lors des évènements sportifs.

Deuxième étape :  redonner de l’air au marché de Médine, poumon économique de la ville

Nous nous sommes ensuite rendus au marché flambant neuf de Médine et y avons rencontré Boubacar Keita, chef du service de développement social de la mairie de la commune urbaine de Ségou. « Le marché de Médine existe depuis plus de 30 ans, mais les constructions étaient en banco et en paille », explique-t-il.

Réalisé à la suite d’un appel d’offre auprès des entreprises nationales, le PACUM a permis de rénover le marché et d’y construire 70 magasins, 8 hangars de 254 places, des latrines et des caniveaux de drainage des eaux de pluie afin d’optimiser ce lieu incontournable d’échanges sociaux, culturels et économique et de l’adapter à l’évolution démographique de Ségou. « Tout a été fait dans la transparence et le résultat est impeccable ! » insiste Abdoulaye Toloba, membre du comité de gestion du marché.

Il nous faut enfin souligner que l’engagement citoyen est un aspect important de tous les projets du PACUM. En effet, chaque projet émane d’une proposition de la population, notamment les commerçants et le comité de gestion du marché qui ont manifesté leur volonté de travailler de concert avec la mairie. De plus, la mairie a collaboré avec les commerçants pour recenser et réinstaller tout le monde après la rénovation. Par ailleurs, une structure de gestion est en train d’être mise en place pour garantir la résilience du projet sur la durée.

Troisième étape : décentraliser les structures sanitaires, une action vitale pour le développement de la commune

Une ville fonctionnelle doit enfin fournir des services de santé performants et désengorgés ; or à Ségou, comme dans de nombreuses communes maliennes, les structures sanitaires sont sous équipées et débordées, à cause du manque de financement.

Afin d’offrir des premiers soins de proximité et d’améliorer son plateau de couverture sanitaire, la commune a aussi entrepris la construction d’un nouveau centre de santé communautaire (CSCOM) dans le cadre du PACUM. Elle a choisi le quartier de Sido Sonikoura, dont la population augmente rapidement et qui est assez éloignée du CSCOM le plus proche (dans le quartier de Darsalam). Lors de notre dernière visite, nous avons pu constater que le quartier dispose désormais d’un dispensaire, d’une maternité, d’une pharmacie et d’un laboratoire. Cette nouvelle structure, fonctionnelle depuis peu de temps, va donc permettre d’assurer une meilleure qualité de vie à l’ensemble du quartier.

En tant que chargé de projet de la Banque mondiale auprès du PACUM, je retiens que l’approche du projet, axée sur la participation locale, l’engagement citoyen et l’octroi de dotations d’investissement aux communes sur la base de leurs performances a constitué un catalyseur majeur à la production de résultats par les communes. En effet, cela a permis non seulement de créer des incitations au niveau de chaque commune pour mobiliser davantage tous les acteurs, mais aussi de l’émulation entre les villes participantes au projet. Il est heureux de constater aujourd’hui une dynamique participative ascendante dans les villes du PACUM conduisant à une implication de plus en plus importante d’organisations de la société civile dans les activités du projet mais aussi à des prises de responsabilités accrues des autorités communales dans la conduite des processus d’investissement.

Ainsi, Ségou devient progressivement une ville où les citoyens participent à l’identification des besoins de leur communauté et au suivi des activités de mise en œuvre des projets pendant que le Conseil municipal remplit de plus en plus son rôle de maître d’ouvrage du développement local.

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