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Employees of AfricaÕs Talking working at their desks in Nairobi, Kenya on February 13, 2018. Photo © Dominic Chavez/International Finance Corporation

L’INNOVATION AU SERVICE DE L’ECONOMIE NUMERIQUE EN AFRIQUE

Par Idil Abshir, IFC Communications

Des locaux lumineux et bourdonnant d’activité, situés dans le centre de Nairobi, la capitale du Kenya. Nous sommes chez Africa’s Talking. Sur le mur du fond, un grand panneau représentant un circuit imprimé, des pays africains, et revêtu de la mention Karibu (« bienvenue » en swahili) accueille les visiteurs. Il donne le ton de la mission et des objectifs de cette entreprise de services numériques, dans laquelle de jeunes hommes et de jeunes femmes échangent des idées sur la science des données et l’Internet des objets.

Le responsable du développement de l’entreprise, Wiza Jalakasi, fait le tour des bureaux en présentant les différentes équipes. Certaines se composent de storytellers, d’autres de spécialistes des données et de développeurs. D’autres encore s’occupent des tâches administratives et du développement commercial. Ensemble, ils forment Africa’s Talking, une société qui simplifie les processus et les technologies nécessaires pour mettre à profit le potentiel offert par les réseaux de communication mobile en Afrique.

La plateforme en ligne conçue par Africa’s Talking permet à des entreprises qui conçoivent des applications de créer un compte pour avoir immédiatement accès aux opérateurs et services mobiles de nombreux pays. Elles peuvent promouvoir leur activité au moyen de divers outils, dont les SMS, les systèmes de paiement mobile ou les services voix. Grâce à Africa’s Talking, fondée il y a six ans, ces entreprises peuvent désormais satisfaire aux exigences réglementaires en moins de 15 minutes. Avant, il fallait plusieurs mois.

IFC a récemment investi 5 millions de dollars dans Africa’s Talking, afin d’aider à développer les activités numériques et créer de nouveaux marchés en Afrique. Africa’s Talking utilisera ces fonds pour accompagner sa stratégie d’expansion sur le continent.

« Notre plateforme donne accès à tous nos produits et à l’ensemble des opérateurs », explique Samuel Gikandi, cofondateur et CEO d’Africa’s Talking. « En simplifiant les processus, on accélère le rythme de l’innovation. Africa’s Talking est l’un des acteurs d’une transformation plus rapide de l’écosystème. »

 

UNE START-UP QUI MISE SUR LES SERVICES MOBILES

En 2012, Samuel Gikandi a renoncé à une belle carrière dans la finance aux États-Unis et à Hong Kong pour revenir au Kenya, son pays natal. Ce diplômé en informatique du Massachusetts Institute of Technology (MIT) a d’abord créé sa propre entreprise, une plateforme d’e-commerce, avant de changer de cap. « On s’est aperçu que peu de gens allaient sur Internet », explique-t-il. « À l’époque, personne ne s’intéressait aux développeurs de logiciels. Nous avons été l’un des premiers à simplifier les services qui leur sont destinés. »

Employees of Africa’s Talking working at their desks in Nairobi, Kenya

Avec ses partenaires, Samuel Gikandi a mis au point des systèmes logiciels entièrement nouveaux. Il a dû s’imposer dans un secteur relativement complexe, et parfois peu flexible, satisfaire à de multiples exigences techniques et réglementaires, et négocier, quelquefois pendant des mois, avec des opérateurs de réseaux mobiles.

Ces efforts ont porté leurs fruits. Depuis 2012, Africa’s Talking est passée d’une petite équipe de cinq personnes travaillant dans un seul pays et avec un seul opérateur de services mobiles, à un effectif de plus de 60 personnes, qui gèrent plus de 17 000 comptes de développeurs et un réseau de 20 opérateurs. Africa’s Talking est aujourd’hui présente dans six pays d’Afrique : au Kenya, au Malawi, au Nigéria, en Ouganda, au Rwanda et en Tanzanie.

Samuel Gikandi connaît parfaitement le marché qu’il cible. Ces dix dernières années, le téléphone portable est devenu le principal moyen d’accès à Internet en Afrique et d’innombrables plateformes et services sont apparus. À l’horizon 2020, selon la GSMA, une association internationale qui rassemble des fabricants et des opérateurs de téléphonie mobile, près des trois quarts de la population possèderont un téléphone portable. Cependant, en raison de leur faible pouvoir de négociation et de la fragmentation du secteur des télécommunications, beaucoup de start-ups peinent à accéder à l’infrastructure nécessaire et à atteindre une certaine taille.

 

UNE STRATEGIE DURABLE

Les services offerts par Africa’s Talking intéressent non seulement des start-ups, mais aussi des entreprises plus grandes qui veulent s’adresser à leurs clients sans avoir à investir dans une équipe spécialisée. C’est, par exemple, le cas de CEVA Limited, une société de services fintech qui recourt à la plateforme d’Africa’s Talking pour proposer des solutions de micro-assurance au Kenya, au Nigéria et en Tanzanie.

« Africa’s Talking nous donne accès à toute une couche de services, avec un avantage supplémentaire : l’accès à la totalité des services », explique Yatin Mehta, directeur général de CEVA. Il s’agit notamment de services de SMS et de paiement mobile, « contrairement à que proposent d’autres prestataires ». La possibilité de bénéficier d’un large éventail de services fournis par un prestataire unique permet à CEVA de faire « considérablement » diminuer ses coûts.

Au Kenya, CEVA a noué un partenariat avec l’un des plus gros assureurs dans ce pays, CIC Insurance, pour offrir une assurance-vie via la téléphonie mobile. Ce service dépend du temps de communication: 1 dollar de communication donne droit à une assurance-vie d’un montant de 4,20 dollars.

La stratégie d’Africa’s Talking est simple. Elle consiste à acheter en gros du temps de communication à un prix réduit (92 cents). Africa’s Talking et CEVA revendent ce temps de communication au prix du marché et achètent à CIC Insurance une assurance pour 6 cents, ce qui leur permet de dégager 2 cents à chaque fois. Les deux sociétés ne s’attendent pas à réaliser des bénéfices tant que le marché de l’assurance ne sera pas mature en Afrique. Mais elles ont attiré environ 10 000 clients en trois mois et demi, et l’avenir est prometteur.

Il est essentiel que cette stratégie soit adaptée à la réalité africaine. « Comment constituer une plateforme permettant à l’Afrique de se présenter comme une seule et même entité, et non comme un ensemble de petits marchés ? Nous devons continuer d’évoluer. Nous voulons rester la marque vers laquelle se tournent les développeurs en Afrique pour communiquer efficacement et pour faire fructifier leur entreprise », conclut Samuel Gikandi.

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