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[Le Soleil] L'élevage n'est plus l'apanage des seuls peuls et autres bergers. A Saint-Louis, cette activité est partout présente. Nombreux sont aujourd'hui des particuliers qui s'adonnent à celle-ci pour diverses raisons.

Sénégal:Moutons de race – Les éleveurs saint-louisiens entre passion et business

Par Samba Oumar Fall

L’élevage n’est plus l’apanage des seuls peuls et autres bergers. A Saint-Louis, cette activité est partout présente. Nombreux sont aujourd’hui des particuliers qui s’adonnent à celle-ci pour diverses raisons.

L’amélioration génétique, pratiquée ces dernières années, a permis le développement de races comme le « ladoum » très prisé. Signe de prestige, ou d’opulence, l’élevage de moutons de race, devenu également un business très lucratif, a de beaux jours dans la vieille cité.

Saint-Louis n’est pas seulement une ville de pêche. A Guet Ndar, Santhiaba et Gokhou Mbacc, qui abritent la plus grande communauté de pêcheurs de la ville, voire même du Sénégal, le visiteur sera surpris de voir une flopée de moutons replets, à force d’être très bien entretenus, trainasser aux devantures des maisons, ou sur ce qui reste encore de plage après le désastre causé par l’avancée de la mer. Dans ces quartiers, la nécessité recommandait la pratique de l’élevage.

A Léona, Médina Courses, Ndiolofène, Bango et un peu partout dans la ville, on retrouve des centaines d’éleveurs très actifs. Nombre d’entre eux sont reconnus pour la qualité de leurs bêtes.

Dans le paysage de l’élevage de moutons de race, la Bergerie des 2 Khadim (B2K), implantée à Bango, figure en bonne place.

Créée le 1er janvier 2016 grâce à une même vision prospective portée par deux amis passionnés par l’élevage, celle-ci constitue une véritable attraction.

Khadim Diop, directeur commercial de Nma (Nouvelle minoterie africaine) et Khadim Thiam, directeur de la logistique de la Société générale de construction (Sogec), qui ont eu l’ingénieuse idée de fusionner leurs bergeries pour créer la B2K, ne regrettent pas leur choix.

Le visiteur qui vient à la B2K est émerveillé par les sujets de grande taille, robustes, au corps bien charpenté et au garrot saillant qui peuplent les enclos très bien entretenus.

Ils ont pour noms « Galactik », « First Choice », « Foreman », « Naomi », « Graine d’Or », « All Black », « Everest », « Challenger », « Millésime », « Deuxième Dame »… Le travail effectué par la B2K pour améliorer les qualités de leurs sujets a bien porté ses fruits.

Pour Ibrahima Samba, l’organisation régulière de foires démontre que l’élevage se porte de mieux en mieux à Saint-Louis.

Et selon cet éleveur, la dernière foire de Dakar l’illustre à merveille avec la percée historique et fulgurante de la B2K. « Pour avoir remporté une dizaine de Prix et pas des moindres, cette bergerie a fini par conquérir le cœur des Sénégalais », fait-il savoir.

D’ailleurs, indique-t-il, « rien qu’à entendre des noms d’athlètes comme « Galactik », « First Choice », « Naomi », « Graine d’Or », « All Black », « Everest »… , on s’imagine assez aisément combien Saint-Louis a été performante à travers la B2K ».

Ces performances démontrent, à son avis, le travail titanesque réalisé en amont pour en arriver à ce niveau exceptionnel.

« La particularité de cette bergerie, réserve de champions ou de cette école, c’est la mutualisation des compétences, expériences et passions des partenaires qui la composent. Ces deux jeunes qui ont installé la génétique dans les sommets jusque-là inconnus prouvent aujourd’hui que l’union fait la force », informe-t-il.

L’amélioration génétique en priorité

Aujourd’hui, à Saint-Louis, plusieurs éleveurs se sont organisés en associations pour partager leurs expériences et préserver leurs intérêts.

L’Association des éleveurs de Saint-Louis (Adesl) fait partie de celles-là. Cette structure, qui a vu le jour en 2016, regroupe plus de 150 membres qui sont des médecins, pharmaciens, enseignants, magistrats, banquiers, journalistes, ingénieurs… , tous des passionnés qui gèrent leur cheptel avec sérieux et dévouement.

Et cette passion les a amenés à maîtriser des aspects importants de l’élevage ovin. Selon le président de l’Adesl, le « ladoum » est la race la plus prisée parce que symbolisant l’élégance et l’harmonie dans la forme. « Avec les « ladoum » on trouve des mensurations extraordinaires.

Chez cette race, on a des longueurs assez impressionnantes allant jusqu’à 115 cm et des hauteurs pouvant atteindre 158 cm », explique Ousmane Bao. Pour ce pharmacien, il existe deux sortes d’éleveurs.

« Il y a d’abord ceux qui le font pour rechercher de l’argent parce que « ladoum » est une race très prisée aujourd’hui. Les prix de vente incitent beaucoup de gens à se lancer dans cette activité.

Il y a aussi une autre catégorie qui le fait par passion », souligne M. Bao qui dit faire partie du lot de ceux qui font l’élevage par passion.

La preuve, des millions de FCfa lui ont été proposés pour certains de ces sujets, mais il n’a pas jugé opportun de les vendre. « Chez moi, c’est la passion qui prime. Je ne me suis pas lancé dans cette activité pour réaliser des profits, mais parce que j’aime l’élevage », note-t-il.

D’après M. Bao, l’élevage de moutons de race demande beaucoup d’investissements. Et à son avis, il faut injecter de gros moyens pour espérer avoir de bons sujets.

Il a cité l’exemple de la Bergerie 2 Khadim qui a dignement représenté Saint-Louis lors de la 10ème édition du salon de l’Alliance pour le développement et l’amélioration de la race (Adam), en remportant avec « Galactik » et « Foreman » les 1er et 3ème Prix de la catégorie « Espoir Mâle » et une dizaine d’autres.

« C’est leur travail et leur passion pour l’élevage qui ont été récompensés. Mais, il faut faut redoubler d’efforts », conseille le président de l’Adesl.

A la B2K comme chez les grands éleveurs de la ville, on véhicule une approche professionnelle de l’élevage de la race de mouton « ladoum » avec plusieurs volets. Et Khadim Diop est à l’aise lorsqu’il parle du volet technique (en termes de conduite d’élevage), vétérinaire (en termes de santé animale et de la reproduction).

« Il faut nécessairement maîtriser les techniques de croisement, de santé, de la nutrition animale, de sélection des ressources humaines chargées de surveiller les sujets, de développement en transfert de compétences, de gestion de l’entreprise et des finances, de gestion de la bergerie, de management, de développement de projet et de marketing, etc. », fait-il remarquer.

Selon Khadim Diop, la spécificité de B2K est de continuer à apporter une valeur ajoutée génétique à l’amélioration des performances du « ladoum », en vue de permettre à l’élevage de cette race d’entrer dans une dimension d’excellence et de prestige à travers un marketing en phase avec le caractère exceptionnel des bêtes que cette bergerie élève à Bango.

Pour lui, même si les produits de B2K sont destinés à la vente, ils permettent de contribuer efficacement à l’amélioration génétique des cheptels.

Parcours atypique

Ibrahima Samba fait partie des nombreux particuliers à s’être reconvertis en éleveur de mouton de race. Cette activité est devenue sa passion.

Depuis toujours, il parvient à en vivre, car ayant su jouer la carte de la complémentarité. Comme tout bon éleveur, il effectue un travail de sélection assez sérieux ; l’objectif étant de conserver les principales caractéristiques de la race : prolificité, rusticité, mue, robe, etc.

« J’ai investi des sommes colossales pour me constituer un cheptel de qualité », déclare ce professeur de Lettres au Prytanée militaire de Saint-Louis (Pms).

Ibrahima Samba a fourbi ses armes dans l’élevage de moutons avec son père, un fonctionnaire de la santé qui, en dehors de sa passion pour les bêtes, considérait ses moutons comme des êtres humains. Il a par la suite perpétué sa passion pour les beaux moutons à sa sortie de l’université.

A l’époque, précise-t-il, les meilleurs sujets étaient des « toubabers », une race qui, parmi les locales, était la plus performante en termes de courbe, de croissance, de mensurations, de beauté et de douceur. « J’ai dû me contenter de ces sujets tout en essayant timidement les « bali-bali » qui venaient du Mali », renseigne-t-il.

Affecté au Prytanée, cet apprenti éleveur était resté dans sa passion prenante, ponctuée de trouvailles géniales et d’échecs cuisants quant aux croisements. L’année 2009 fut pour Ibrahima Samba celle de la grande ouverture.

« J’ai reçu, cette année-là, la visite d’Ismaël Grandet, précurseur à Saint-Louis, et plus tard celle du docteur Malick Sarr, dont la bergerie était partout reconnue à Mbour. Ils m’introduisirent plus sereinement dans ce monde de fous heureux.

Ce qui m’a permis de redynamiser ma bergerie avec de nouvelles recrues et des techniques plus décisives en termes de production de viande », raconte-t-il. Ce n’est qu’en 2015 que M. Samba a atteint le niveau correct. Et ce succès, il le doit au docteur Malick Sarr et à Khadim Diop de B2K.

« Grâce à eux, j’ai été formé dans des compétences salutaires à l’élevage moderne. Ces acquis tournent autour de la structure, du confort, de la nutrition, de la génétique, de la santé de l’animal et surtout de la performance.

Et plus tard, j’ai pu expérimenter à la fois la stabilisation des performances des moutons « ladoum » et l’élevage de ce qu’on pourrait appeler des moutons de chair ».

Pour Ousmane Bao, l’avenir de l’élevage de moutons de race a de beaux jours devant lui à Saint-Louis parce qu’autour des moutons de race se développe un business très lucratif.

« Le « ladoum » est très prisé et les prix de vente incitent beaucoup de gens à se jeter dans l’élevage qui est une activité d’une extrême complexité », estime-t-il en annonçant la tenue en décembre prochain d’une foire des moutons de race pour mettre en lumière le savoir-faire des éleveurs saint-louisiens dans le domaine de l’élevage.

Quant à Ibrahima Samba, il pense que l’élevage saint-louisien est plus que performant. Et à son avis, les éleveurs du dimanche pourraient mieux aider l’Etat dans l’atteinte de ses objectifs, à savoir l’autosuffisance et la maîtrise du cheptel.

« Je crois que nous arriverons à cela si nous mettons la passion au service de l’utile. L’expérience et la formidable aventure des moutons « ladoum » au Sénégal peut et doit être transférées dans plusieurs secteurs de développement », soutient Ibrahima Samba.

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