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Une Afrique intégrée : une aubaine pour le secteur privé

Par: Ihuoma Atanga

Les pays en développement peuvent-ils prospérer sans esprit collectif dans une économie mondiale? Une question pour chaque pays qui envisage le développement et la stabilité économiques.

Les organisations internationales telles que la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) et le Fonds Monétaire International affirment que pour une croissance durable et collective, les grandes économies africaines doivent abattre les cloisons qui les séparent des économies sous-développées du continent.

Selon le rapport de la CNUCED en 2016, Zone de libre-échange continentale africaine : Promouvoir l’intégration panafricaine, l’intégration régionale est nécessaire pour développer la technologie et l’innovation.

Jusqu’aux années 1980, le secteur public n’a pas su donner à la croissance de l’Afrique une trajectoire ascendante durable. Si certains ont prospéré dans les années 1960, comme la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Kenya, la croissance de la plupart des pays a été ralentie par une économie dépendante du gouvernement limitant la capacité à répondre à la demande de consommation et à la faible compétitivité de marchés.

Réalisant qu’aucune croissance durable et rapide ne serait possible sans investissements, de nombreux dirigeants africains élargissent leur spectre et courtisent les entrepreneurs et le secteur privé en quête de partenariats,

Selon un rapport de l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI), Renforcer les capacités pour le développement du secteur privé en Afrique, le secteur public doit encourager les partenariats avec le secteur privé dans les projets de développement et accroître ses capacités en offrant des infrastructures, des marchés concurrentiels, des services financiers et aux entreprises.

Après l’instauration d’un environnement national propice aux partenariats public-privé, les gouvernements devraient rechercher des partenariats régionaux. Selon le Secrétaire Général de l’ONU, António Guterres, , lors du Sommet du G7 en mai à Taorimina, en Italie, il faut « soutenir l’aspiration du continent à une intégration régionale, y compris par la libre circulation des personnes et des biens, et par les investissements dans les infrastructures et l’info-structure … » L’innovation serait la clé pour relier les régions.

De fait, la présence de multinationales et d’investisseurs, comme au Ghana, au Nigéria et en Afrique du Sud, créé des environnements favorables pour les entreprises.

Afin de promouvoir le commerce intra-africain, les dirigeants ont formé des blocs commerciaux régionaux comme la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD), la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) ou la Communauté pour le Développement l’Afrique australe (SADC) et le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), avec pour objectifs, le libre-échange, la coopération économique et l’élimination des droits de douane et des barrières commerciales.

Les Défis

Les efforts en faveur du libre-échange régional sont louables mais des difficultés subsistent.

Selon la CNUCED, l’appartenance de nombreux pays africains à plus d’un bloc commercial régional et d’une organisation intergouvernementale, est source de contradictions réglementaires et d’avantages qui s’annulent au profit de potentiels conflits car « Des régimes qui s’opposent peuvent conspirer contre un dédouanement accéléré à la frontière, nécessitant souvent une intervention politique et réduisant les avantages de l’automaticité (« effet bol de spaghetti »). »

Les autres obstacles comprennent les contrôles monétaires, les coûts de transport élevés, les barrières non tarifaires et les tarifs commerciaux.

Des multinationales telles que ShopRite, United Bank for Africa (UBA), Dangote Group et Ecobank ont bénéficié des blocs commerciaux régionaux et des zones de libre-échange. En Afrique australe, l’impact a été majeur sur la rentabilité de ShopRite, le plus grand détaillant alimentaire sud-africain qui a développé ses activités au Lesotho et Zimbabwe et se tourne désormais vers le Kenya, le Ghana et le Nigéria.

Malgré l’augmentation des revenus, les barrières non tarifaires entravent le libre-échange. Selon Imani Development, un cabinet de conseil dans le domaine économique et du développement en Afrique du Sud, ShopRite a dépensé 5,8 millions de dollars pour les formalités administratives en 2009 et 13,6 millions de dollars dans la SADC.

Opportunités pour les multinationales

En Afrique de l’Ouest, des milliardaires comme Tony Elumelu et Aliko Dangote se sont associés à des entreprises et des gouvernements à l’intérieur et à l’extérieur de la CEDEAO. Dans le secteur de la construction, Dangote Cement a investi des milliards dans la fabrication d’usines et de terminaux d’importation au Cameroun, au Congo, en Éthiopie, au Sénégal, en Afrique du Sud et en Zambie.

Le succès rencontré dans ces régions prouve que le commerce transfrontalier peut considérablement augmenter les bénéfices et l’intégration régionale est encouragée par certains gouvernements.

Le potentiel économique de croissance entre l’Afrique du Nord et de l’Ouest est énorme. Le nouveau gazoduc Nigeria-Maroc est un précurseur en la matière et aura un impact direct sur plus de 300 millions de personnes. Selon le roi Mohammed VI, cet accord créera « un marché régional de l’électricité et une source d’énergie importante, qui permettra de développer l’industrie, d’améliorer la compétitivité économique et à accélérer le développement social ».

Certaines entreprises cherchent constamment à déployer leur fonds de commerce et à investir dans les pays africains où elles sont implantées. Ce sont des partisans du commerce intra-africain, des services financiers et des fonds d’investissement, comme UBA et Heirs Holdings, présidé actuellement par son fondateur Tony Elumelu, fervent adepte de la promotion des entreprises en Afrique selon sa théorie de l’« Africapitalisme », terme qu’il a employé en 2010 pour développer sa philosophie du secteur privé africain qui a le pouvoir de transformer le continent avec des investissements long terme, créant à la fois prospérité économique et richesse sociale.

D’après M. Adegboyega Festus, directeur financier et du développement de UBA en Amérique du Nord : « L’innovation bancaire de UBA a grandement facilité l’intégration régionale, la croissance et les intérêts commerciaux à travers l’Afrique avec l’amélioration de l’efficacité et des capacités, le volume et le périmètre des affaires, la création de valeur et son appropriation par nos clients et nos entreprises. »

L’influence de UBA dans le développement du commerce intra-africain n’a cessé de croître avec le développement de ses activités en Afrique, d’autant plus que la banque est membre des blocs commerciaux régionaux.

Possibilités de croissance

Dans une intervention à l’Université d’Oxford en 2015, M. Elumelu a cité Transcorp, une filiale de Heirs Holding, illustrant le rôle des  multinationales et des services financiers dans la croissance des secteurs privé et public. Transcorp investit dans le secteur de l’alimentation en difficulté au Nigeria et génère actuellement 20 % de la production totale d’électricité dans le pays créant de nouveaux emplois, plus d’accès à l’énergie, et une opportunité de développement pour les petites entreprises. Selon le rapport Guardian de 2017, Transcorp envisage de générer 25 % de la capacité énergétique totale de la centrale d’ici à 2018.

Si les organisations régionales doivent rationaliser la réglementation commerciale pour que le commerce régional prospère, les entreprises ne peuvent croître sans une communauté forte, d’où la nécessité pour les dirigeants d’avoir une vision transfrontalière. Le développement des économies d’échelle est une question de point de vue.

NATIONS UNIES

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