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Les futurs moteurs de la croissance au Rwanda

Soumis par Kristalina Georgieva

Lors d’une conférence de presse à Kigali, j’ai répondu à la question suivante : la « Vision 2050 » du Rwanda est-elle réalisable ?
Nous venions de présenter un nouveau rapport réalisé conjointement par la Banque mondiale et le gouvernement rwandais et consacré aux « futurs moteurs de la croissance ». La question était pertinente, puisque cette étude se penche sur l’objectif que s’est fixé le Rwanda, à savoir devenir un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure d’ici 2035, puis un pays à revenu élevé d’ici 2050.

Je ne peux pas prédire l’avenir, mais je sais analyser les chiffres et les indices que j’ai sous les yeux.

Du côté des données factuelles, on voit que les trains de réformes mis en œuvre par le Rwanda depuis plus de 20 ans ont porté leurs fruits. Au cours des dix dernières années, le pays a réalisé des progrès économiques et sociaux spectaculaires, avec une croissance moyenne de 7,5 % et un PIB par habitant qui a presque doublé, passant de 404 à 748 dollars. Plus d’un million de personnes sont sorties de la pauvreté entre les exercices 2000/01 et 2013/14.

L’élan de réforme est également manifeste dans le tout dernier rapport Doing Business sur le climat des affaires : le Rwanda est passé en un an du 41e au 29e rang mondial. Avec sept réformes mises en œuvre en 12 mois, le pays est l’une des dix économies qui ont le plus progressé, aux côtés de poids lourds comme l’Inde et la Chine.

Selon la nouvelle publication consacrée à l’avenir de l’économie rwandaise (a), le pays va devoir à présent privilégier quatre moteurs essentiels et interdépendants : l’innovation, l’intégration, l’agglomération et la concurrence. Mais pour que ces moteurs fonctionnent, il est urgent d’investir dans le capital humain.

Le nouvel indice du capital humain mis au point par la Banque mondiale montre qu’un enfant né aujourd’hui à Singapour (le pays en tête du classement) réalisera 88 % de son potentiel, contre seulement 37 % pour un enfant né au Rwanda. Ce fossé est dramatique, et nous sommes heureux de constater que les autorités rwandaises sont conscientes de l’ampleur du défi et qu’elles adhèrent à notre Projet sur le capital humain. Le président Kagame est l’un des champions mondiaux de ce programme, et le Rwanda fait partie des tout premiers pays à s’y être associés.

Nous aurons également un rôle à jouer. Au cours de ma visite, j’ai annoncé une augmentation de 10 % du soutien du Groupe de la Banque mondiale au Rwanda. Un nouveau financement de 150 millions de dollars permettra d’améliorer l’apprentissage et la progression des élèves du primaire et de remédier au faible taux d’achèvement des études primaires et secondaires, ainsi qu’au taux élevé de redoublement. Le recours aux nouvelles technologies occupera une place essentielle dans ce projet.

Au-delà des chiffres, d’autres éléments plus empiriques sont eux aussi positifs.

Les dirigeants rwandais ont compris très tôt que la révolution numérique était en marche et qu’ils pourraient en tirer parti pour atteindre leurs objectifs ambitieux. Claudette Irere, secrétaire permanente au ministère des Technologies de l’information et de la communication, m’a expliqué comment le Rwanda utilise la petite taille de son territoire comme un atout, en offrant un environnement d’avant-garde aux entreprises technologiques qui peuvent y tester leurs idées avant de les transposer sur des marchés plus vastes de la région.

Mme Irere m’a fait rencontrer des ingénieurs informatiques de toute l’Afrique qui suivent un master au Centre d’excellence de l’université du Rwanda. Ces étudiants produisent des idées, des analyses et de nouvelles solutions pour résoudre des problèmes quotidiens récurrents. Certains ont mis au point un système de cuisinière à gaz payante en fonction de son utilisation, qui utilise la technologie de l’Internet des objets couplée à des services de paiement mobile. D’autres ont conçu un modèle géospatial qui analyse le potentiel d’énergie renouvelable du Soudan du Sud et promeut l’utilisation de sources d’électricité plus fiables et diversifiées.

J’ai eu aussi l’occasion de m’entretenir avec des entrepreneurs du K-Lab de Kigali (réseau Fablab), qui m’ont montré leurs projets de drones autonomes, de filtres à eau imprimés en 3D et de lanternes solaires. Comment ne pas être enthousiasmé par l’énergie et l’optimisme de tous ces innovateurs ?

J’ai terminé mon séjour au Rwanda par une visite du nouveau Centre des congrès de Kigali, qui vient d’accueillir la Conférence internationale sur la planification familiale. Créé à l’initiative du gouvernement, ce centre a contribué à propulser le Rwanda au troisième rang des destinations les plus prisées en Afrique pour le tourisme d’affaires. Avec, à la clé, des recettes supplémentaires en devises étrangères qui s’ajoutent à celles d’autres secteurs essentiels comme le tourisme traditionnel et l’exportation de marchandises.

Pour en revenir à la question posée pendant la conférence de presse, est-ce que le Rwanda pourra réaliser sa Vision 2050 au cours des 32 prochaines années ?

En juillet 1994, alors que le pays sortait tout juste du génocide, une société de vente de livres en ligne était fondée à Seattle. Aujourd’hui, Amazon.com est un géant mondial du commerce qui emploie plus d’un demi-million de personnes et dont la capitalisation boursière a dépassé 1 000 milliards de dollars en septembre dernier. Beaucoup de choses peuvent être accomplies en 24 ans, et le Rwanda lui-même en est la preuve.

Ma réponse à la question est donc « oui, mais ». Oui, la Vision 2050 est réalisable. Mais le Rwanda doit maintenir son cap réformiste audacieux et honorer son engagement d’investir dans sa population et de créer les conditions qui permettront à ses habitants de prendre part à la révolution numérique et d’en récolter les fruits.

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