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« L’émergence de l’Afrique ne se fera pas avec l’argent des autres ! »

Responsable du développement des marchés obligataires africains à la Banque africaine de développement (BAD), Cédric Achille MBENG MEZUI y est également chargé de l’Initiative des marchés financiers africains (AFMI). Participant au récent Forum financier international de Paris Europlace (#IFFParis), il livre dans cet entretien exclusif avec AfricaPresse.Paris sa vision des conditions et des bonnes pratiques financières indispensables à l’émergence de l’Afrique.

AfricaPresse.Paris (APP) – En 2017, vous avez publié un essai intitulé « Financer l’Afrique : densifier les systèmes financiers locaux ». Mais vous déploriez la difficulté à les mobiliser. La situation a-t-elle commencé à changer ?
 
Cédric Achille MBENG MEZUI
 Nous continuons l’agenda de sensibilisation des différents acteurs… Dans certains pays, on observe par exemple une accélération de la réforme des caisses de retraite, notamment dans les pays francophones. Grâce au digital, des initiatives sur la mobilisation des capitaux dans le secteur informel se font jour. Ce sont des initiatives à soutenir absolument ! Car le message doit être clair : les ressources domestiques doivent être la première source de financement des États africains, les investissements directs étrangers (IDE) et la dette externe doivent rester des compléments.
 
APP – Quel message relatif au financement des pays émergents, et particulièrement d’Afrique, voulez-vous faire entendre à Paris ?
 
Cédric Achille MBENG MEZUI
 Mieux les faire connaître, pour réduire la perception de risque, notamment le risque idiosyncratique. Les opportunités de croissance sont en Afrique. Rien que sur le marché obligataire africain, la liquidité s’est améliorée : si l’on se réfère au bid-ask spread (la différence entre le meilleur prix d’achat et le meilleur prix de vente, ndlr), on constate qu’il est passé de 200 points de base à maintenant 1 à 20 points de base ; le volume d’échanges quotidien (daily turnover) a aussi augmenté dans plusieurs pays, passant par exemple à un intervalle de 150 000 à 300 000 dollars au Nigeria.

Ainsi, pour faire connaître les performances des marchés obligataires africains, la BAD, par l’intermédiaire de son Initiative africaine des Marchés financiers (AFMI), a créé avec Bloomberg une série d’indices obligataires, notamment BADBC et BADBX, afin d’améliorer la liquidité et la transparence du marché de la dette africaine [BADBX n’inclut pas l’Afrique du Sud, ndlr].
 
APP – Votre perception de Paris Europlace a-t-elle évolué depuis l’annonce du Brexit ?
 
Cédric Achille MBENG MEZUI
 Certainement, on observe un engouement des investisseurs internationaux pour ce Forum de Paris Europlace. Il y a un vrai leadership ici ! Le Premier ministre français est à nouveau présent, comme l’an dernier, et cette année nous avons aussi la participation du Ministre de l’économie et des finances.

Cédric Achille MBENG MEZUI était l’un des orateurs de la table ronde dédiée à la finance des marchés émergents. © DR

APP – Attendez-vous quelque chose de précis et/ou concret de ces deux jours de rencontres ?
 
Cédric Achille MBENG MEZUI
 Nous sommes venus avec deux objectifs clairs. Le premier : sensibiliser les investisseurs français sur l’opportunité de co-investir dans le fonds obligataire ADBF que nous avons structuré sur les marchés africains ; il est le premier ETF multinational sur les obligations souveraines africaines. Répliquant l’indice BadBC, il sera coté en dollars US à la Bourse de Maurice et géré par Mauritius Commercial Bank.

Le second objectif est d’échanger avec les institutionnels sur des synergies dans nos renforcements de capacités et assistances techniques pour le développement des marchés de capitaux en Afrique. L’objectif étant, grâce au soutien des assistances techniques, de contribuer au développement de nos marchés.
 
APP – Quels sont selon vous les défis prioritaires à relever pour l’émergence de l’Afrique ?
 
Cédric Achille MBENG MEZUI
 Ils sont nombreux ! Ce qui me paraît central, c’est que l’émergence de l’Afrique ne se fera pas avec l’argent des autres ! Il est indispensable de formaliser nos économies pour y lever le maximum de ressources. Certes, les capitaux internationaux sont abondants, mais ils n’iront vers l’Afrique que si les États réduisent le risque macro. Une étape indispensable pour que nos pays accèdent à l’émergence est que leurs obligations soient au moins classées « investment grade » (titres investissables)… donc avec un niveau de risque faible, puisque c’est ce niveau de risque qui est accepté par les directives des investisseurs institutionnels les plus importants.

 Propos recueillis par Alfred Mignot, AfricaPresse.Paris (APP)

 

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