Home / Actualités économiques / Le microcrédit, une aide qui ne bénéficie pas uniquement à l’emprunteur

Le microcrédit, une aide qui ne bénéficie pas uniquement à l’emprunteur

Les prix des produits agricoles sur les marchés africains ont tendance à fluctuer fortement : dans un nouveau travail de recherche de Burke, Bergquist et Miguel (a), on peut lire que « les prix des céréales sur les principaux marchés » grimpent « régulièrement de 25 à 40 % entre la période post-récolte et la période de soudure, la hausse pouvant atteindre plus de 50 % sur les marchés plus isolés ». Un économiste ne peut que regretter ces occasions manquées : les agriculteurs auraient tout avantage à retarder la vente pour écouler leur récolte au prix fort pendant la saison creuse.

Comme les agriculteurs du Kenya sont privés d’accès au crédit ou à l’épargne, poursuit le rapport, ils « sont contraints de vendre leurs céréales juste après la récolte, quand les prix sont au plus bas, pour assumer des besoins de liquidité pressants (payer les frais de scolarité de leurs enfants, par exemple). Pour satisfaire leur consommation plus tard dans l’année, beaucoup doivent racheter des céréales quelques mois à peine après les avoir vendues. » Comme si le marché des céréales jouait le rôle d’un prêteur à court terme, à un tarif exorbitant.

Le microcrédit peut-il résoudre une partie du problème ? Les agriculteurs obtenant un prêt au moment des récoltes ont moins besoin de vendre de céréales et peuvent en écouler davantage, plus tard, quand les prix ont augmenté. « Le prêt offre un retour sur investissement de 28 % sur une période de neuf mois environ. »

Pour ceux qui en bénéficient, c’est parfait, mais quid des autres agriculteurs ? Les chercheurs ont conçu plusieurs scénarios, faisant varier le nombre d’agriculteurs ayant obtenu un prêt dans une communauté donnée. Résultat, même lorsqu’un grand nombre d’agriculteurs empruntent de l’argent, ils vendent toujours moins au moment des récoltes mais le taux de rentabilité des prêts baisse. Pourquoi ? Parce que lorsque l’offre sur les marchés est moins abondante juste après les récoltes, les prix ont moins tendance à grimper avec le temps, de sorte que le fait de repousser la vente à plus tard procure des bénéfices moindres.

Mais le constat le plus intéressant de cette étude réside dans le fait que les paysans qui n’ont pas emprunté bénéficient indirectement de cette situation, puisque les prix se stabilisent. Contraints de vendre un peu de leurs céréales pour payer l’école, ils ont moins à se soucier de la faiblesse des cours post-récolte. Un simple calcul montre que dans les zones où les microcrédits sont nombreux, plus de la moitié des bénéfices concerne des individus qui n’ont même pas participé au programme de prêt.e

Quand les gains d’un investissement ne sont pas tous capturés par l’investisseur, on parle d’« externalité positive ». Prenez les vaccins : un enfant non vacciné sera protégé par ceux qui l’ont été. Si vous êtes prêts à dépenser 100 dollars pour préserver la santé de votre enfant et que le vaccin coûte 125 dollars, vous n’irez pas le faire vacciner, même si les bénéfices pour les autres enfants valent largement que vous dépensiez cette somme. Et c’est pour cela que de nombreux gouvernements subventionnent les campagnes de vaccination.

De la même manière, un organisme privé de microcrédit n’accordera des prêts que si le profit attendu est suffisamment élevé. Mais comme certaines retombées de ces microcrédits profitent aussi à ceux qui n’ont pas emprunté (les voisins, puisque les prix fluctuent moins), l’organisme privé risque d’accorder un nombre de prêts inférieur au niveau souhaitable pour la collectivité. Pour nos chercheurs, un tel constat « pourrait inciter les pouvoirs publics à financer ce type de produits. » De même que les vaccins sont subventionnés par l’ensemble de la société, pourquoi ne pas tester les microcrédits subventionnés au moment des récoltes ?

SOUMIS PAR DAVID EVANS

 

 

Check Also

Flux illicites en Afrique, questions transversales

A. Corruption Même si la corruption s’étend à toutes les catégories de flux financiers illicites, …

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *