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L’autonomisation des communes en Mauritanie : une stratégie qui porte ses fruits

LES POINTS MARQUANTS

  • En Mauritanie, la décentralisation et le développement local font figure de priorités pour les autorités
  • Un programme d’autonomisation des communes financé par le gouvernement avec l’aide de la Banque mondiale enregistre ses premiers succès
  • L’un des objectifs du programme est de promouvoir la gouvernance locale en favorisant une approche participative de la population

NOUAKCHOTT, 10 MAI 2018 —Ancien foyer de la culture islamique, la petite ville de Ouadane, ses ruines et ses palmeraies, représente une étape incontournable pour les visiteurs qui se rendent au nord-est de la Mauritanie pour un trek dans le majestueux désert de l’Adrar.  La reprise du tourisme ces derniers mois dans cette région délaissée, au cours des dernières années, par les inconditionnels du désert réjouit les habitants de cette citée caravanière, fondée au XIIe siècle et désormais classée au patrimoine de l’UNESCO. Les visiteurs de passage leur achètent bijoux et chèches (le foulard des Touaregs).

« Le plus grand défi pour notre commune de 5000 habitants est de convaincre la jeunesse locale de ne plus s’exiler », assure Mohammed Mahmoud Maye, le maire de la commune de Ouadane. L’une de ses plus grandes fiertés est l’inauguration récente d’un stade de football afin de répondre au vœu de la jeunesse locale. « Il s’agit d’un projet conçu par et pour les jeunes », insiste le maire. Ely, jeune homme âgé de 18 ans, gère avec son frère une petite épicerie au cœur de la vieille ville et s’estime heureux de bénéficier d’un emploi. Il occupe l’une des six boutiques récemment construites (trois furent réservées à des jeunes et les trois autres à des coopératives de femmes) et « rêve de gagner beaucoup d’argent » même s’il garde les pieds sur terre. Car ici, les emplois lucratifs sont une denrée rare.

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Edifiée en 1142, la ville de Ouadane, qui signifie deux oueds (fleuves), fut jusqu’au 18e siècle un carrefour animé de commerce caravanier. Photo: Dorte Verner/World Bank

La commune de Ouadane est l’une des 100 communes mauritaniennes (sur un total de 218 communes) à bénéficier de l’aide technique et financière du Programme national intégré d’appui à la décentralisation, au développement local et à l’emploi des jeunes (PNIDDLE), programme phare du gouvernement mauritanien qui cible les communes les plus démunies à travers le territoire. Financé à hauteur de 52 millions de dollars sur budget de l’Etat avec un appui de 25 millions de dollars de l’IDA, le fonds de la Banque mondiale pour les pays les plus pauvres, ce programme, lancé en 2014, vise à promouvoir la gouvernance locale en mettant l’accent sur une approche participative des communes.

Chaque commune laisse ainsi à ses habitants —par la voix du Conseil municipal et de comités de citoyens— le soin de sélectionner les projets d’investissements urbains qui seront réalisés de préférence par des entreprises locales. Voiries, collecte des déchets, construction d’abattoirs ou de marchés, salles de classe, centres de santé, maisons des jeunes ou stades de football, l’éventail de projets est large. « Les communes du PNIDDLE sont à des années-lumière des autres communes mauritaniennes en matière de gestion communale. Grâce au PNIDDLE, elles ont pu améliorer de manière significative le bien-être des populations et l’accès aux services de base », explique Mohamed Ould Babetta, coordonnateur du programme.

Le PNIDDLE est au cœur de la stratégie de décentralisation du gouvernement mauritanien qui consiste à donner aux communes plus d’autonomie. Selon Alexandra Le Courtois, spécialiste en développement urbain et responsable du programme pour la Banque mondiale, la mise en place d’un mécanisme de financement innovant qui consiste à allouer des fonds aux communes sur la base de performances à atteindre a été un véritable succès : « Les communes ont obtenu des résultats tangibles et mesurables et le fait que les maires disposent d’un budget suffisant pour répondre aux besoins et attentes des populations a contribué à revaloriser leur fonction », estime-t-elle.

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Ely, 18 ans, gère avec son frère l’une des six boutiques du marché de Ouadane. Photo: Judy Laufman/World Bank

Une meilleure gestion fiscale

Tintane, capitale départementale localisée dans la région sud-est frontalière avec le Mali, a bénéficié d’un appui spécial du PNIDDLE pour la constitution de son assiette fiscale. La ville peut également se targuer d’avoir été la première commune de Mauritanie à utiliser le logiciel de gestion « El Beledi » pour sa comptabilité.  Selon Mohamed Lemine Ould Khatry, le maire de Tintane, l’apport du PNIDDLE fut salutaire alors que la commune a été engloutie par les eaux lors des inondations de 2017 : « Les dégâts humains et matériels étaient tels que nous avons été obligés de déplacer les deux tiers de la communauté », raconte-t-il. « Grâce au PNIDDLE, on a pu construire une maternité, une boucherie, des routes et des salles de classe et même financer des heures supplémentaires de soutien scolaires pour nos élèves. » Aujourd’hui, confie-t-il, « Nous n’avons plus de problèmes pour la collecte des impôts car la population est fière de voir des réalisations tangibles sur le terrain alors qu’au départ les gens étaient réticents », assure-t-il. « Alors que nous dépendions auparavant de subventions de l’Etat mauritanien, aujourd’hui 50% de nos ressources proviennent de la collecte d’impôts, » ajoute-t-il.

L’un des objectifs du PNIDLLE est de favoriser l’emplois des jeunes et des femmes dans les communes concernées. A Gouraye, commune localisée dans le triangle de la pauvreté, à la frontière avec le Sénégal, les femmes ont vu leurs revenus augmenter de manière significative grâce à la mise en place d’un marché hebdomadaire sous-régional qui permet aux productrices de légumes et de céréales d’écouler la production locale. « Nous avons également confié à deux femmes, choisies par un comité villageois la gestion de deux bornes fontaines », raconte madame Hajiratou Khalidou Ba, maire de la commune de Gouraye. « Ce sont les femmes qui s’occupent de tout : elles vendent l’eau, payent la facture et s’occupent des réparations.  Cela les responsabilise », explique-t-elle.

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Le stade de football de la commune de Ouadane a été inauguré récemment et financé par le projet PNIDDLE. Photo: Dorte Verner/World Bank

Des citoyens impliqués

Désormais la population est très impliquée dans la vie de la commune insiste Hajiratou Khalidou Ba qui confie cependant que le conseil municipal avait au début cherché à bloquer les réalisations du programme. A l’origine de ce blocage ? Une incompréhension des villageois. « J’ai vite réalisé qu’il fallait que je communique de manière plus efficace avec la population pour l’essentiel analphabète. J’ai donc effectué la tournée des villages pour mieux leur expliquer les projets d’investissement que nous souhaitions réaliser et mettre le conseil municipal face à ses responsabilités.  Aujourd’hui, les populations sont beaucoup plus proches des élus. Les gens n’avaient auparavant pas forcément conscience qu’ils avaient droit de regard et droit de parole sur les budgets et activités de la commune. Nous effectuons chaque année des journées portes ouvertes dans les villages afin de présenter toutes les activités que nous avons menées dans l’année », conte-t-elle.

Lorsqu’on lui demande d’évoquer la réalisation dont elle est la plus fière, madame le maire n’hésite pas une seconde : « la construction d’un stade municipal géré par une association de jeunes, utilisé non seulement pour jouer au foot mais aussi pour des activités culturelles ». Bref, un espace citoyen prisé par la communauté toute entière…

Banque Mondiale

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