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Burkina Faso : une gestion intégrée et participative des ressources naturelles pour libérer la croissance économique

Soumis par Loïc Braune le mardi, 18/09/2018

Situé en Afrique de l’Ouest, le Burkina Faso est un pays sahélien enclavé. Des forêts sèches peu denses, des zones boisées, des savanes arborées et arbustives et, au nord, une vaste zone désertique composent son territoire. L’économie, fortement dépendante de l’agriculture, est pénalisée par la diminution des terres arables et la détérioration grandissante des sols. Le changement climatique, la pression foncière et, plus généralement, la demande de ressources naturelles créent un cercle vicieux. La réduction du couvert forestier entraîne une détérioration des sols, ce qui entraîne une réduction des superficies cultivables et une pression accrue sur les ressources foncières et forestières restantes. 

Le besoin d’une approche intégrée

Dans un tel environnement, les politiques d’atténuation et d’adaptation au changement climatique doivent être étroitement liées. Seule une approche intégrée, conjuguant tous les aspects d’une gestion durable des forêts et des terres, permettra d’inverser la tendance.

À Gassan, l’une des 32 communes soutenues par le FIP et qui illustre bien la transformation à l’œuvre dans le pays, la plupart des ménages dépendent de l’agriculture pour vivre, mais également du travail du bois, la chasse et la récolte de fruits. Pour certains, la forêt est un moyen de sortir de la pauvreté. Les populations utilisent les plantes, les graines et les animaux issus des forêts et des zones boisées naturelles pour se nourrir et alimenter leurs bêtes, cuisiner et se chauffer, se soigner, se loger et se meubler. Sans compter que les forêts servent de coupe-vents qui limitent l’érosion, qu’elles aident à maintenir la fertilité des sols, facilitent la pollinisation et servent d’agents filtrants pour préserver la qualité de l’eau.

Établir une gouvernance citoyenne pour éviter les conflits et la surexploitation des ressources

Malheureusement, les nombreux services fournis par les ressources naturelles multiplient les droits d’usage et les revendications, d’où l’explosion de conflits et la surexploitation de ces biens communs, notamment dans les terres à usage collectif. Une situation que seule une solide gouvernance des forêts et des sols pourra résoudre.

Bien conscient de ces enjeux, et avec l’aide de multiples bailleurs, dont la Commission européenne, le Luxembourg et la Facilité de partenariat pour le carbone forestier (FCPF), le ministère de l’Environnement, de l’économie verte et du changement climatique du Burkina Faso est en train d’élaborer une stratégie pour réduire les émissions issues de la déforestation et de la dégradation des forêts (REDD+), articulée autour de quatre piliers :

  • amélioration de l’aménagement du territoire ;
  • sécurisation des droits d’usage ;
  • optimisation de la gestion des systèmes agrosylvopastoraux ;
  • renforcement des capacités, adaptation des politiques et promotion d’une bonne gouvernance.

À Gassan comme dans les 32 autres communes soutenues par le programme, le gouvernement souhaite renforcer la gouvernance locale à travers une approche participative : celles et ceux qui utilisent le patrimoine naturel local discutent et conviennent de la meilleure manière de gérer leur environnement. Pour cela, le FIP a testé une approche en trois étapes, reproductible dans les autres communes et partout où il faut affronter ces mêmes enjeux.

La première étape a donné lieu à des discussions participatives intenses, selon la méthodologie TerriStories®, mise au point par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Cette approche innovante reposant sur des jeux de rôle permet de réunir tous les acteurs (fermiers, éleveurs, utilisateurs dépendant des forêts, femmes, jeunes, etc.) pour aborder de manière ouverte tous les problèmes et trouver des accords satisfaisant les intérêts de toutes les parties. Le document de recherche Securing Land Rights at Scale through Participatory Role-Play (a) explique en détail le processus suivi par le FIP. La conception même de ce processus participatif n’est pas allée sans mal : sélection des participants, évaluation des problèmes de droits fonciers, compréhension des préoccupations et des difficultés de chacun, analyse des propositions d’investissements matériels et intellectuels, et traduction de ces demandes en une vision communale cohérente ancrée dans un plan de zonage et une série d’investissements REDD+. Les autorités locales ont ensuite validé l’ensemble des résultats.

La deuxième étape, toujours en cours, consiste à aider chaque commune à concevoir son propre projet de développement intégré (PDIC/REDD). Chaque projet repose sur le plan de zonage et la liste d’investissements REDD+ établis à l’étape précédente et détaille les modalités pratiques et les délais prévus pour la mise en œuvre des différentes activités. Les municipalités disposent ainsi d’un outil pratique pour concrétiser leur vision d’un paysage durable.

La troisième et dernière étape est celle de la mise en œuvre des activités et des investissements planifiés de manière cohérente dans le PDIC.

À l’issue de ce processus, les 32 communes auront élaboré leur propre stratégie pour améliorer la gestion de leurs ressources naturelles, contribuant ainsi à la réduction de la dégradation des forêts et, dans le même temps, au développement économique et à l’atténuation des effets du changement climatique.

La vidéo (a) suivante présente la manière dont le Plan national d’investissement REDD+ du Burkina Faso soutient une approche intégrée et multisectorielle pour s’attaquer aux facteurs contribuant directement et indirectement à la déforestation et à la dégradation des forêts.

Ce documentaire fait partie d’une série de vidéos consacrée aux pays qui agissent activement pour la préservation de la forêt et des moyens de subsistance des communautés forestières dans le cadre du programme REDD+ : Burkina Faso, République démocratique du Congo, Ghana (a), Libéria et Mozambique.

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